Bal de chasse-neige, Pontarlier, place Saint-Pierre

Ils n’étaient pas de réveillon. Pas de retour de bringue. Pas de paillettes, ni de chapeaux pointus, encore moins de langue de belle-mère…

D’ailleurs, ici, les langues sont de neige. Avides, arrondies, de forme douce. Elles viennent lécher les pieds des sapins, soulignant, délimitant les massifs boisés. Comme ces signes avant-coureurs de calvitie, quand ça se déplume, sur les côtés. Doucement, au début.

Ou mieux encore, perchées sur les toits, comme des meringues qui déborderaient la toiture. Des arrondis, des courbes encore qui vivent dangereusement, sur le zinc des gouttières. De jolis débords en hauteur.

Donc, les chasse-neige étaient frais et dispos, ce matin, premier janvier 2021. Un gros jaune, avec des roues chaînées, soulevant des kilos de neige, un fier à bras, un colosse bien les pieds sur terre. Dans le genre, « vous allez voir ce que vous allez voir…Et j’ai besoin de personne, parce que le boulot, moi Monsieur, je connais…Et pas non plus la peine de venir m’expliquer ce qu’il y a à faire!!! » Un costaud qui serait accoudé au comptoir, le café remué tranquillement, le journal déplié, serein, guettant les clients qui entrent, surtout ceux qui ne sont pas les habitués.

Rejoint quelques minutes plus tard par un costaud, rouge, plutôt du style body-buildé, lui. Un frimeur, qui est passé au ralenti et a poursuivi son chemin en accélérant, passée la Porte Saint-Pierre. Un conquérant. Un qui ne doit pas beaucoup s’attarder au café, plutôt à boire du thé, lui, ou du Perrier. Pas le temps de traîner, plutôt le mec qui passe des heures dans la salle de sport, à s’acheter ensuite des fringues prés du corps…Bien sûr.

Et puis est arrivé le petit de la bande. Un exécuteur des basses-œuvres. Lui, c’est le tapin. Des petites bandes de bitume, à préserver. L’équilibre instable des piétons. L’ingratitude des pingouins sur le verglas, le peuple qui marche, ceux qui trouvent toujours à redire, le ronchon comme monnaie courante. Donc le chauffeur, de jaune sanglé, pas fier, plutôt tendance à s’éclipser. Mais le pouvoir de celui qui fera pencher la décision; les dix pour cent qui feront la majorité. Du style à boire un café, puis un autre arrosé. La sobriété, non merci.

Et ce trio, place Saint-Pierre, à l’œuvre, pendant que ça pionce ici, que ça éructe là, que la douche s’abat sur des corps lassés avant même de commencer. Si les gouttelettes pouvaient entrer dans le cerveau. Laver le dedans. Lui donner un peu d’éclat, ou l’immerger…

Urte berri on.