Le masque (3)

…Je ne dors plus que cinq heures par nuit. Pour un gros dormeur, comme moi, c’est presqu’un exploit. Je ne me sens pas capable d’aller plus loin. Je suis fatigué. Je bois du café. Beaucoup de café. Je mange beaucoup moins. Je bois beaucoup d’eau aussi. J’ai perdu cinq kilos, désormais. Je marche.

Je marche plusieurs heures par jour. Le matin, deux heures avant de me rendre au travail. Elle est partie. C’est mieux. Plus commode pour moi. Je peux davantage traîter mon affection. Pas nécessaire de m’expliquer, de me justifier ou d’argumenter. Mes mâchoires ont l’air de ne plus croitre. L’espacement entre les dents ne s’est pas accru. Les mesures, celle du pied à coulisse, comme celle plus empirique de l’utilisation de brossettes, me rassurent. Je marche le soir, également, en fin de journée. Un peu moins de deux heures. Cela me permet de « reculer » mon coucher. Les jours, comme on a dépassé la sainte Luce, ont rallongé. C’est une bonne nouvelle. Je me dis que les nuits courtes seront plus faciles à assimiler. Je vais accroître mon temps de marche, peut-être progressivement chercher à atteindre les cinq heures quotidiennes. Et puis ensuite, comme le sommeil, augmenter d’une heure par quinzaine. Cette arithmétique simple me convient. Je dois pouvoir marcher six heures par jour, travailler sept heures, dormir cinq heures. Il reste encore six heures à assassiner, moins en tenant compte des temps de repas. Disons quatre heures. C’est une affaire de dosage. Facile à retranscrire. Mais plus compliqué à mettre en œuvre.

Le désir est en train de s’estomper. L’âge facilite les choses. J’apprécie cet état nouveau. En fait, il avait déjà commencé. Il décroît désormais sans faillir. Moins d’énergie. Moins d’appétit de vie. Pour le moment, cela est bon pour le traitement de l’affaissement du bas de mon visage. J’ai réussi, allais-je écrire. Non, je n’ai pas encore réussi, mais à force de réflexion, en me concentrant sur ce mal nouveau, je suis au moins parvenu à un état stable. Je suis content pour moi.