…Viennoiserie

Non, je ne suis pas en Autriche. Vienne…Même sans valse, c’est bon. Mais dans le Haut-Doubs, à Pontarlier. Accroché à mes idées, mes images. Accroché, mais pas vraiment aux mots. J’ai déjà commencé à me renier. Pas courageux pour un sou. Un samedi matin ou je pénétrai dans la boulangerie, pâtisserie, salon de thé, s’il vous plaît. Avec l’aplomb d’un sudiste. Un qui se croirait un peu en pays conquis.

« -Monsieur ?

-Une chocolatine, s’il vous plaît… » Et la jeune fille de me regarder. De prononcer des mots avec des « o » qui semblent ici glisser comme une luge sur un parcours bosselé. Les « é » également sont graves ou aigus. Chez nous, ils sont aigus. Ici on donne dans le grave. C’est pas non plus tout le temps sérieux, car, par exemple, ils fabriquent le Comté dans des fruitières. Des fruitières?!…Pour du fromage ?!…

Son regard ne m’a pas semblé engageant. Et son monde, à la jeune vendeuse, m’a paru lointain. Un samedi matin, neuf heures environ, du monde en train de patienter, jusque dehors. Masque oblige. Comme une résurgence de ces magasins pris d’assaut derrière le rideau de fer…

Un samedi matin. Dans ma superbe solitude sudiste. Seul chez les Doubistes. Je n’ai pas eu le courage de répéter.  » Chocolatine ». Ni d’expliquer, ni de me justifier. Ni de m’emporter. Non, j’ai demandé un pain au chocolat, comme tout le monde, ici. Puis je suis allé boire mon café, avec ma… chocolatine. Tout est rentré dans l’ordre. J’ai pensé à mon grand-père, qui les fabriquait, lui, les chocolatines. J’ai souri en m’adressant à lui, en silence. « Un pain au chocolat »…Il riait en m’entendant.

J’ai continué sans lui, comme je le fais depuis quelques dizaines d’années. Je l’ai entendu parler de « garbanzos » et de « chorizo », que l’on ne prononçait jamais avec un « z », comme celui de « zoo ». Nous sommes passés de l’Espagne à la France, en parlant mal, puis mieux, et maintenant « bien » le français. Nous avons emporté des maux de là-bas. Que l’on peut trimbaler encore. Sourire.

Nous avons plié, cédé, rompu. Mais nous nous sommes constitué une collection, un patrimoine associant des images et des mots. En concédant le vocable, « pain au chocolat », j’ai croqué avec envie ma chocolatine. Le pain au chocolat, c’est du chocolat, dans du pain, que l’on avait parfois à goûter, car manger du chocolat, en agressant la plaque, ça ne se faisait pas…Rire.

Je croque la chocolatine, j’agresse le chocolat. Je dois arriver à le laisser fondre, une fois tous les deux cent soixante carrés. Je croque. Je mords. J’ai eu l’air de céder, mais que nenni. Cette victoire, que dis-je ce triomphe tout à l’intérieur de moi : vivement samedi !!!

Agur