Confiniment (13)

Ils sont venus. Ils sont passés à Itxassou. Plutôt le soir, souvent en noir et blanc. Ils ont peuplé mes soirées, comme autant de mains amies qui m’auront accompagné vers le lendemain. Comme autant d’étapes, de jours gagnés sur les jours perdus, de jours en moins du printemps 2019.

J’ai apprécié le swing de Lino, souri et ri avec ses compagnons de soirée. Jean Lefebvre, ému, Bernard Blier sournois amusant, Francis Blanche remarquable en pyjama, Robert Dalban, le genre de besogneux que l’on aime bien avoir avec soi…

Lino est revenu d’autres fois, seul, mal accompagné, sans états d’âme, en galère comme on dirait maintenant. Paul Meurisse, classe et détachement, habile, très habile. Brigitte, beauté à la voix reconnaissable, vivait chichement à Paris, mais impossible de ne pas la remarquer. Sami succomba. Il s’était approché trop prés. Hors partition…

Gabin aussi, en manque de thune, sapé comme un milord, la séduction dans un gant de fer. Le verbe qui faisait mouche. Direct.

Le bel Alain, jeune dieu à l’époque, s’il connut des déboires avec l’eau – de la piscine,  l’océan-qui ne fut pas son élément préféré, s’exila avec bonheur en Italie. Il assuma la charge familiale, avec ses poings et son énergie. Capable de lire l’agitation fébrile de l’oiseau, charmeur accaparé tant par la veuve que par l’orphelin…

Romy l’évoqua, lui et beaucoup d’autres personnes, sans fard, cherchant à fuir de nombreux tourments, malheureusement mal entourée, incomprise, peu soutenue. Simone superbe, de force et de conviction, dédaignant son image, s’envola en URSS, y perdit ses illusions et assuma cette perte. Yves avait insisté. Il avait eu raison. Quelques jalousies, envies, médisances, coups bas ont dû ensuite jalonner leur parcours dans la V ème République naissante.

Enfin, Georges m’impressionna. Cette quête du bon mot, de la mécanique syllabique bien réglée, accompagnée par une musique discrète. Cette vie en clan, en bande à part, cette amitié qui s’échappait de l’amour. Un parcours hors du commun, censuré en 1953…

Toutes ces personnes m’ont ému, m’émeuvent. Je leur trouve une qualité fondamentale, celle d’être vrai, eux-mêmes, jusque dans leur jeu d’artiste. Une consistance sans pareille. Un charme. Une présence. Une carrure.

Chaque fois, ils m’ont permis de repousser, reléguer les fantômes des débuts de soirée, des journaux télévisés. Oubliées les jacasseries permanentes et ces mines affectées.

Merci encore à vous tous, cités plus haut. Votre présence éclaira ces jours sombres. Un espoir dans la nuit.