Confiniment (12)

Les mots continuent de me faire mal. Des « séquences », des « éléments de langage », « l’agilité » des entreprises. Indigeste. Oui, en fait ça c’est pour faire bien. « Indigeste », c’est pour rester dans le politiquement correct. Le gendre idéal, toutes ces banalités ou lieux communs, qui ménagent les susceptibilités…

Mais, la vérité vraie-la mienne, et j’y tiens- c’est que ces maux me font vomir, gerber, dégueuler. A genoux, la tête dans la cuvette. Jusqu’à la bile. Un filet de bave de trente centimètres. Se relever avec la tête qui tourne. La porte des toilettes, cette pute, qui s’est mis en travers et qui bloque mon chemin. Hein, comme si j’avais la tête à ça…Terrorisé que je suis. Me demandant si je vais sortir de cette pièce royale de trois mètres carrés, qui m’est parfois un cabinet, un refuge .

La séquence du spectateur est la seule évocation charmante, pour « séquence ».

Le langage est le propre de l’homme. Et si la société colorée de téléphone qui m’adresse des textos pour m’informer du propos de la directrice adjointe (?!), règne dans le domaine du langage, qu’elle englobe dans la « communication », alors, je suis en guerre avec le langage.

L’agilité, enfin, je vais justement en faire preuve, pour décocher, coups de poing, coups de pied. Parce que les mots et les idées sont brouillés, que mon cerveau ne supporte pas les injonctions paradoxales, qui rendent « fou ». Ce n’est pas le fait du confinement, c’était très largement amorcé, avant, je dirais simplement que c’est de plus en plus prégnant, pesant, écrasant, humiliant. Hier, la télévision qui avait débarqué avec une icône affairée, m’a permis d’exercer mon talent…

 

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