Confiniment (10)

Bien entendu. Evidemment que j’allais aborder le sujet. C’était sûr. Parce que sur ce sujet, d’entre tous, j’ai mon mot à dire. Et même cette sensation sauvage, de baigner dedans, d’être né avec, d’en être issu. Si, comme le disent les Argentins, à propos du football, c’est l’activité qui choisit ses pratiquants, alors je peux dire que le rugby m’a choisi. L’ovale en a choisi beaucoup sur la planète ; le plus souvent nous nous re-connaissons, d’autres fois…C’est plus âpre.

Depuis le dix-sept mars, les gesticulations, les commentaires, les déclarations des présidents de club de rugby professionnel. Ceux qui ont un modèle économique, ceux qui en ont un autre, ceux qui goûtent au chômage partiel, ceux qui misent sur une baisse des salaires, à la faveur des événements… Les analyses éclairés d’un ex de leur groupe, aspirant désormais à servir un sport qui ne se sert pas de ses mains. Les déclarations d’intention, les documents à usage interne, divulgués le jour même dans la presse, les « quittant la salle de réunion », ceux qui veulent être champions, ceux qui ne voulaient pas descendre, ceux qui auraient aimé monter…

A tous ceux-là, donc, je livre le propos d’un certain Edgar Morin, publiés ce dimanche, dans le journal « Le Monde ».

« Face à quelle sorte d’imprévu, cette crise nous met-elle ?

Cette épidémie nous apporte un festival d’incertitudes. Nous ne sommes pas sûrs de l’origine du virus : marché insalubre de Wuhan ou laboratoire voisin, nous ne savons pas encore les mutations que subit ou pourra subir le virus au cours de sa propagation. Nous ne savons pas quand l’épidémie régressera et si le virus demeurera endémique. Nous ne savons pas jusqu’à quand et jusqu’à quel point le confinement nous fera subir empêchements, restrictions, rationnement. Nous ne savons pas quelles seront les suites politiques, économiques, nationales et planétaires de restrictions apportées par les confinements. Nous ne savons pas si nous devons en attendre du pire, du meilleur, un mélange des deux : nous allons vers de nouvelles incertitudes. »

Ce jour, ce sont les professionnels de la Santé qui ont indiqué ou plutôt empêché, le cap sur Juin. Un des derniers fleurons en date du Rugby, animé par tous ces grands spécialistes du jeu : la reprise en Juin, imaginée par cette jolie bande de visionnaires. Contredits par les médecins des clubs professionnels, ce jour. Il est question de huis-clos,  mais le huis-clos, ça paye pas ?!…Je ne crois pas que ça eut jamais payé, du reste.

Restent plus que ceux qui veulent tout arrêter et ceux qui veulent attendre. « Attendre » semble s’imposer, en effet. « Attends-toi à l’inattendu ». Voilà le programme des temps à venir. Sacré défi.

Agur