Confiniment (9)

Adio…C’est « bonjour » ici. Donc tu cours, tu croises quelqu’une qui court « adio », ou quelqu’un qui peint  » adio ». A la boulangerie, « adio », à la boucherie « adio », à l’épicerie bio, s’il vous plaît, « adio ». A la pharmacie, toutes masquées « adio »…

Les croisements deviennent des déviations, des ondulations dans le meilleur des cas. Parfois des duels épiques, en se demandant qui va dévier le premier, une guerre des nerfs qui ne dit pas son nom. Sergio Leone à Itxassou. D’autres fois, aucun suspense, à cinquante mètres de la cible, le quidam se déporte. Pas d’adio, là, une esquisse d’ébauche d’embryon de sourire, dans le meilleur des cas. J’ai en tête la chanson de Leny, « pour une amourette qui passait par là, j’ai perdu la tête et puis me voilà… ». Le scénario du confinement balaie tous mes plans (?!). L’exact contraire nous est promis par millions d’exemplaires. Série débutée! Ça pourrait, non, ça va durer…

Le mauvais commence à s’instiller. Depuis les nourritures terrestres, les silhouettes s’élargissent. Le bal des sacs poubelles devient mon premier prétexte à la délation. Des abrutis, que je ne connais pas, mais qui m’insupportent lourdement! Avec leur façon de déposer, si ce n’est jeter- des détritus, à côté des containers. Des cons qui ont l’art de louper la cible. Impardonnable.

Un peu plus loin, mon pic de courroux ; un sac-poubelle, posé, trônant sur le jolimobilierurbain d’Itxassou, et qui empêche son utilisation. Celui-ci ou celle-là…je m’imagine avec un fusil. Guettant. Des heures de gué, qui, je le sais, seront récompensées. Des heures, de jour, et même au-delà. Posté prés de la fenêtre, dans l’embrasure. C’est joli, l’embrasure. Ça fait intime. Vocable qui conduirait vers « embrassade », en poussant juste un peu. Très prés de l’extérieur, donc, mais dedans, protégé, masqué par des rideaux ou une situation favorable. Une hauteur, un angle permettant de voir sans être vu. Remarquable.

Je l’ai repéré. C’est le dimanche à vingt heures, son moment. Je l’ai repérée, plutôt. Une dame d’un certain âge. Qui marche difficilement. Je ne sais pas si le ramassage qui ne se fait plus à la même fréquence a bouleversé sa situation à ce point…Sa seule sortie de la semaine. Une balade de rupture d’isolement. La cane dans la main droite. Des chaussons aux pieds. La silhouette qui incline vers le bas. Des cheveux blancs-gris d’un relief incertain. Elle s’avance. L’air sérieux. Sereinement. Je l’ai dans mon viseur. J’ai chargé plusieurs fusils. Six. Et je vais tirer six fois. Sans sommation. J’aurais aimé un septième tir, un pour chaque jour de la semaine. Ils sont chargés tous les six. Posés sur le bureau. La détente susceptible. Les ressorts sous pression. Je suis prêt. Deux semaines de répétition. Le geste sûr. Des armes légères. Un seul coup. Rotation du bassin, main droite crosse, main gauche, canon. Le creux de l’épaule droite. Impeccable. Un logement sur mesure. Je suis parvenu à un niveau de dextérité. D’automatisation du geste. De contrôle du pouls. Super.

Je regarde le septième fusil. Une arme en guenille. Chaque fois que j’enfonce la flèche, soit il s’enraye et la flèche ne part pas, soit la flèche vient se ficher sur mon front, sans avis. Pas vraiment crédible en sniper !!!

Agur

Post-scriptum pour le plaisir :