Confiniment (8)

Sept heures vingt. Ça va. Premier auto-bilan ; pas de toux, pas de mal de tête, pas de difficulté à respirer…Sortir du lit-un peu laborieux, je tente…D’abord ouvrir les volets, puis la fenêtre…L’air frais, moncorpsnudepasloindesoixante, qui réagit. Tee-shirt, survêt. C’est fait.

Il fait beau. Il fait très beau. Soixante-deux nouveaux cas en Chine, même si en Chine, « soixante-deux » fait figure de quantité négligeable…Le journal « Le Monde » avec ses schémas, pour illustrer des scénarios, d’alternance. Confinement, dé confinement. Des courbes en cloche. Rien à voir avec Pâques. Tous les modèles de courbes sont en cloche. Tous. C’est la traduction statistique de la pensée algorithmique. Allez-y ramener un peu votre science avec ce mur de la (dé)raison, excipé en face. Allez-y, je crois déjà les entendre le jour d’aprés, quand ils nous serviront l’exemple des Anglais, des Américains, beaucoup moins prévoyants, ayant peu ou mal confiné, en tout cas, APRES…Et les merveilles de l’intelligence artificielle, « traquer », quel joli programme. Donc, qui c’est les meilleurs ?!

Il fait beau. Thé, café, re-café. Hygiène de vie. Biscuits, un peu…Un peu plus, « Sablé des Flandres », en solidarité avec ceux du Nord. Voilà que s’exprime là, mon empathie, pour la France d’en-bas, du Haut. Un test. Un vrai. Un test à la dépendance. Un premier biscuit, puis deux, pour ne pas que le célibataire fasse naufrage dans le breuvage…Par deux, plus consistant, plus craquant. Plus envie…Encore, un, pardon, deux, deux ou trois paires. Le plastique autour, pour qui je n’ai aucun égard. Du mépris. Connard d’emballage. Dérisoire. Minable. Du coup, pas de quartier!

Il fait beau. Il fait très beau.  Donc courir, pour dépasser les biscuits, le confit, l’alcool dont j’ai de plus en plus envie. Pour aider à repousser le discours, le message qui grignote nos cerveaux. Pas de sortie, pas de rassemblement. Des fruits et légumes. De l’activité physique. Pas plus de deux verres d’alcool, par jour, et encore pas tous les jours. Tu parles, déjà qu’on sortait d’un mois de janvier à la con : dry january !!! Mais putain, pourquoi, comment et jusqu’à quand on va suivre les Autres, dans ce qu’ils ont de plus con ?!?!… Attention maintenant aux apéritifs à distance. Ah, non, surtout pas, « ceci est un message… ».

Il fait beau. Mais, non, non non, je ne vais pas en rester aux biscuits. Je m’en vais pour un damp* april, moi, et comment ?!!! La semaine sainte, sans seins (!), et sans vertu. Alcool, chocolat, couscous, saucisses, pâté, baba au rhum, religieuse – chacun ses faiblesses…-gâteaux, basques, pas basques. Plus de footing, du genre je me donne une contenance, je vais sortir plus fort de cette épreuve, je me transcende ( vu la distance parcourue en trente secondes, ça reste de la petite transcendance !!!) Plus d’haltères, du style hygiène de vie, plage bientôt, pas de crispation au moment de tomber la serviette… »Non, non, non, garder le masque ! » Garder les masques.

Il fait beau. Il fait très beau. Les tactiles, va falloir nous faire une raison. Commencer à vivre en bonne intelligence avec soi-même, vraiment. Se trouver plein de bonnes raisons, quand on va flancher. Se trouver séduisant, intéressant, désirable. Parce que la distance, et comment qu’elle va s’imposer. S’immiscer. Nous unir, même. Et nous nous réunirons sous son sceau. C’est-à-dire sans se toucher, sans odeur, sans goût. Comme un désir sous cloche.

Il fait beau. C’est une autre vie, qui s’annonce. Elle va ressembler beaucoup à ces messieurs que l’on voit à la télévision, le soir, avec leurs têtes de premier de la classe. Des couillons qui n’ont jamais joué au foot, au rugby à toucher, mais en s’arrachant les tabliers de collégiens, à la pelote, aux billes qu’on aimait faucher aussi, quand on y jouait mal…Des personnes, des femmes aussi, qui ne doivent jamais se cogner l’orteil des pieds, contre le pied du lit, ou ailleurs. Des qui ne font pas la vaisselle, avec les mains dans l’eau trop chaude, la mousse, tout ce folklore, et cette résistance dans le refus de confier ses couverts à la machine. De la presque-résilience !!! Des qui ne pètent pas, qui ne rotent pas, même pas « éructer », peut-être le poing devant la bouche, comme une trompette tranchée, lorsque le déglutissement pourrait être sonore…

Il fait beau. Le linge sèche. Vite. J’adore. Le vent qui claque, fait soulever le drap, par-dessus le grillage de la clôture. C’est si bon. L’odeur du chaud, du soleil, sur le linge plié. Ça vous ravale tous les adoucissants au rang de l’inutile. Et c’est une rubrique en pleine expansion, « l’Inutile » en ces temps de confinement.

Il fait beau. Il fait très chaud. Les insectes, les oiseaux. Les moutons aussi, qui vont d’une parcelle à l’autre. Quelques véhicules à Itxassou. On se croirait, mais on a du mal à y croire. Insensiblement le village se rapproche de la montagne. Je lorgne quelques maisons là-haut. Comme un sentiment diffus, une sensation prégnante : s’éloigner de ce que l’on nomme « civilisation »…

Agur