Confiniment (5)

Je ne sors plus. Non, non, non…Pas un problème de santé. Pas non plus un problème de lecture ou d’écriture : je parviens à remplir la fiche, en cochant les « bons » items.

Plutôt un sentiment diffus, mêlé de colère, un envahissement de haine, lorsque je suis à l’extérieur. C’est l’insupportable bal des bricoleurs, la fête aux « pic-pic », « vroum-vroum » et autres bruits de moteur électrique, thermique…

Les outils en « -euse » : tronçonneuse, souffleuse, tondeuse. Je ne supporte plus. J’ai l’impression que se niche là, une mâle consistance, toujours à prouver. En ce moment, moi, elle m’éprouve. Les haies, les arbres, les feuilles. A la rigueur, la peinture je tolérerais…

Je ne sors plus. Je suis cerné. Tous les gars du quartier se sont donnés le mot. Ce matin encore, lors de mon ultime tentative, un quidam, accroupis devant son mur de clôture, en train de sonder la façade. Du coup, j’ai fait demi-tour. Je me suis non plus confiné, mais reclus. Et là, à l’instant ou j’écris, j’entends, tout prés, le bruit d’une tondeuse.

Je ne sors plus. Comme aurait dit ma grand-mère, je ne sais rien faire de mes dix doigts. Enfin, aucune activité répertoriée, dans la catégorie en « -age » : bricolage, jardinage etc…

Je me console en pensant, que ce grand déballage ne va pas durer. Que les végétaux et tout ce qui pousse, vont s’offrir, eux aussi, une pause.

Agur