Solitudes

Solitude, oh que oui…Ça existe. Ça vient de connaître une hausse vertigineuse sur toutes les places. Mais on en parle pas encore. Elle est là, pourtant. Un sourire figé. Des mains fines, de longs doigts soigneusement manucurés. Sans couleur. Sous couvert de l’autre créature, celle vêtue de noir, celle qui siffle la fin. Elles sont liées. Une forte estime réciproque.

Elle sourit. Sans discontinuer. Elle survole le soir son empire qui s’agrandit d’heure en heure. Les maisons de vieux, oui, mais les râles sont contenus encore dans ces lieux-là.

Les foyers maintenant. Les foyers qui ne sont pas synonymes de « plusieurs ». C’est-à-dire beaucoup de feux. Elle s’y glisse, facilement, à cette heure-là. C’est son moment. Dix-neuf heures passées. Le jour s’efface. Une caresse glacée dans le creux des reins, qui pince les entrailles, comme une note échappée… Un son mauvais, comme un pressentiment. Viendra le cou, avec cette sensation d’étau, d’étranglement. Ces deux mains fermes, qui serrent, sans forcer. Mais sans relâche. Ces doigts froids, comme provenant d’une chambre froide. Celle qui maintient le trépas en vie. Ces doigts froids, si froids, avec du feu dedans. Dans le cerveau, des collisions, un affolement neuronal, des synapses qui choquent, comme dans un horrible carambolage…

Confiné. Plus touché, mais sur le point de couler. Dans l’absence, le manque, l’espace réduit, les questions sans réponse, qu’on ne peut plus balayer d’un revers de la main. Elle prend son temps. Elle est rodée. Plus tard, elle va instiller le doute, l’angoisse, au sein même des familles. Doucement. Le moment de bascule, cet instant de faiblesse, ce rire incongru, le besoin d’allumer les lumières partout, cette potion chimique indispensable pour la nuit, puis cette autre pour le jour…

La solitude. Les solitudes. Sous des formes différentes. Adaptées. Avec des mots, des gestes qui se glissent dans des intimités variées. Des nuances. De souffrance à venir.

C’est la complainte du jour…