Bois au Pays Basque…

Des camions, des véhicules de transport de bois. Avec des remorques, souvent en deux parties. Des rondins, rangés dans la largeur. Dans la longueur. A croire qu’ils ont découpé toutes les forêts du Pays Basque. Ou qu’il s’agit de chauffer la planète. Un grand feu de joie pour perturber le ….virus.

Peut-être que les aizkolari ne connaissent pas le chômage. Du bois, donc. Dont on ne fait pas que des flûtes. Des arbres couchés, en travers, tombés sous la tempête. Des arbres déchirés par le souffle, agonisant, avec leur dedans pourri, noirci…Ceux-là attendent qui ne sont pas pressés, qui ne gênent pas, qui ne sont pas tombés sur la chaussée pour faire les intéressants.

Les camions, pas en convoi. Discrets malgré tout. Chargés. Comme investis d’une mission. Montrer de quel bois on se chauffe, ici…Là aussi. Et un, deux, trois…Ça fonce. Des obsédés de l’asphalte. Pour un peu, j’allais dire roulant  » à tombeau ouvert ».

Du bois, de toute façon, il en faudra. Pour confectionner des caisses. Un peu mieux que quatre planches. Pour certains des caisses chics, pour des chics types. Peut-être. Ou l’inverse aussi.

Aujourd’hui, on trouve encore à s’échapper, s’enfuir dans des courses alimentaires « mais moi, je ne fais pas de provisions, pas comme ceux-ci qui en prennent pour six mois… ». Bien sûr que non. Des files d’attente, plein de pèlerins qui se contiennent encore. Les prioritaires passent devant, exhibant humblement leurs cartes. « Mais je vous en prie, Madame… ». Le sourire en berne.

Pour l’instant, l’argent coule. Les supermarchés assiégés. Les distances forcément raccourcies, comme on est tous frères !

Mais « après la crise il va y avoir des ruines… », disait ce matin Cyrulnik, à la radio. L’argent aura coulé. Le manque aura rongé quelques âmes. Déjà les enfants, puis maintenant l’autre, le compagnon, la compagne, l’épouse, l’époux, le père, la mère, au quotidien. Ceux-là dont on n’avait plus l’habitude. Dont on s’accommode si bien, mais pas à temps plein. Plus de gladiateurs à regarder s’affronter dans des stades, plus de pantins à aduler, même plus la possibilité d’assouvir sa foi dans ces chapelles vides.

Des livres, que l’on dédaignait, des fulgurances dans la pensée, pourtant, mais édifiées patiemment, à la main, celle qui tourne les pages. Des histoires de papier, bons pour autant de voyages, de fantasmes, de mots nouveaux, d’idées.

La plus belle fille du bois, la pâte à papier. Alors du bois, des camions de bois, oui, on va en avoir grand besoin.

Quand on aura fini de chanter sur les balcons, lassés d’applaudir les héros-soignants du quotidien. Que le sommeil fera défaut, aprés quelques banques, lassé des séries et des bouquets de télévision, si ternes et trébuchants. Qu’il s’agira de trouver à lire, avec une quatrième de couverture, bien foutue, une qui donne envie de se lancer, se perdre. En silence. Isolé au milieu des autres. A distance, sonnés, mais sommés surtout d’être solidaires.

On s’était tellement habitués au contraire, à l’individualisme forcené, loin des contraintes du collectif. Tonton Reagan et tatie Thatcher, avaient tellement fait contre nous, depuis ces années quatre-vingts merveilleuses. Une rasade de Ken Loach, donnera l’illusion d’un bon whisky, les vertus de l’Altérité. Posologie non limitée.

Agur