Déjeuner en bord de plage

Ils ont passé la soixantaine, enfin pas sûr pour Lui, de face, polo noir, voix chaude. Assurée. Les cheveux battent en retraite. Trop de trimestres. Le casque n’a rien dû arranger. Elle, mince, tenue sport de la marque du Nord. Violet. Une violette, de dos. Cheveux courts et gris, d’une blonde d’avant. Le blouson, sur la chaise, blanc, épais, moto sans hésiter. Ils ne se ressemblent pas. Mais elle va trouver refuge entre ses bras, contre son ventre. Oui. Et il aimera la serrer contre lui. Se retrouver derrière.

Elle, sur le bord de la chaise, habituée au confort du siège passager. Bonne assiette. Jolie posture. Le serveur s’est avancé, sans trop savoir, bien sûr le filet de morue pour « Madame ». Evidemment. Le magret en face. Le magret pour le costaud. Souriant devant « les frites maison ». Coudes sur la table, manches retroussées. La voix chaude émet des sons apaisants. Un imperceptible halo sur la jolie violette.

Ils ont les mêmes pieds. De bottes de motard. Ils doivent faire du bruit en marchant. Attaquant le plancher avec leurs talons. Pas en fanfaronnant, mais quand même…Essayez la pointe des pieds, avec ces chaussures. Essayez pour voir. Les mêmes pieds, posés sur le plancher des vaches, pour elle. Sur le barreau de la chaise pour lui. Prêt à accélérer.

C’est le déballage d’avant…Une conversation de repas, de sorties au bowling, de banalités qu’on n’a pas pu échanger sur la deux-roues. Des rapports qualité-prix de repas. Des chiffres jusqu’au café. Comme s’il leur fallait vider une hotte de son « ordinaire », du quotidien, à épuiser jusqu’à la mi-journée. Le plage, l’océan à cinq mètres. Ils l’ignorent. Plus tard quand le vent va souffler, le jour s’éclipser sans demander son reste, ils auront alors toute latitude pour envisager le califourchon, sans bottes, ni blouson.

Agur