La fête…

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La fête bat son plein. Une expression consacrée. Une expression, toute faîte, comme ça. Livrée, posée, installée en quelques lettres. Un truc qui tombe bien. Qui a sa place, sans forcer. Pour commencer un texte, ou bien au milieu, peut-être à la fin, aussi. La fête bat son plein. Cela fait une semaine que l’espace du grand parking gratuit a été réduit au quart. Les forains sont arrivés. Quelques-uns, puis d’autres. Quelques manèges, un espèce de balancier pour les sensations fortes. Des confiseries aussi. Comme le sucre sait si bien s’inviter lors des réjouissances.

La fête bat son plein. Des sud-américains, dans leurs échoppes précaires de toile de plastique vendent des joujoux et des bricoles, certainement venues d’Asie…Comme une survivance des magasins « cien pesetas » d’avant. D’avant le mur, l’euro, et tout ce tintouin qui accompagne l’évolution. Petit changement notable, on ne dit plus le progrès. Le progrès, c’était une illusion d’avant. Maintenant, on y va, encore plus vite, mais sans illusion. « On assume »…Sourire.

La fête bat son plein. Un jeune garçon assis sur une chaise que l’on appelle  » de jardin ». Nu. Ses parents lui prodiguent un mini-bain. Il a un visage rond et figé. C’est déjà le milieu de la matinée, mais en ce lendemain de Fêtes, le démarrage est très doux. Gernika dort encore. Le café crème n’est pas un vraiment un accélérateur de particules…

La rue est jonchée de débris d’artifices. Lancés depuis le pont, la veille au soir. De la poudre noire, des lumières et des pétards. Un point d’orgue de la fête, comme s’il s’agissait d’aller toucher le plafond, là-haut. Hier, sous bonne escorte, l’artificier préparait son spectacle, ses rampes de lancement. Ce matin, des employés municipaux, entre rires et conversations bruyantes, balaient. Et quand ils auront fini, là, il faudra descendre. L’Eusko Tren passe pour rejoindre Bermeo et ses pêcheurs. Leurs descendants plutôt. Des fresques sur la hauteur parlent de bombes à Gernika, baleines à Bermeo.

La fête bat son plein. Le départ se fait. En silence, non pas sans stigmates. Des bouteilles de plastique écrasées, quelques détritus à côté des containers, comme s’il fallait justifier une réputation. Des commentaires pointus, acérés, des regards outrés de certains apôtres de la propreté. Un peu de fiel pour ceux qui partent.

La chocolateria, churreria Begoña s’en va. L’équipage n’est pas rutilant. Loin de là. La remorque couine un peu, au moment de s’attacher pour le voyage. Les couleurs sans éclat, l’enseigne peinte en bleu s’estompe de tant de ports visités. Pourtant, l’étal avec ses lumières, ses odeurs, ses délices exposés-là…Et comment que j’aurais dû y succomber!

La fête bat son plein. Les nomades repassent les plats. Et celui-là passera bien par ici ou par là. Encore et encore. Sourire.

Agur