Les chaussures

Pfffff…..Bande de nazes. Et la main devant la bouche, en train de médire. Des mimiques, des sourires sournois, des commentaires pointus. Avec ce petit fond de mauvaiseté qui ne demande qu’à s’exprimer. Pensez, depuis le temps…C’est sûr, il est au bout. De toute façon, ça valait pas grand-chose, non plus. Des écrits, avec ces mots, ses mots ou d’autres, il en pleut, cet été comme aux prochaines saisons…

Comme si l’on pouvait jeter ainsi son dévolu sur les mots. Pour un peu, il nous parlerait de « style », comme l’autre timbré. Le médecin-voyageur, celui qui faisait de l’humanitaire entre Meudon et Sigmaringen. Une écriture au bistouri, pour mieux ausculter le tréfonds des âmes. Puis du citron, pour l’acide. Sympathique. Mais là n’est pas le propos.

Pfffff…..Bande de cons. Connards, idiots, minables. Minables. Oui. Et j’en suis. Mais, je suis passé à l’action. J’ai hésité. Longuement. Comment, en effet, en présence d’un locataire élyséen, philosophe, penseur, stratège, banquier affairé, d’un porte-parole lancé dans les paris, d’un aréopage de marcheurs en quête de rédemption- très à la mode la marche, du coup je viens d’arrêter, et si c’était contagieux ?!…- de tous ces ministres intègres, comment se permettre d’émettre un avis, une idée ?!…

Comment et pourquoi bouder le cénacle à venir, à Biarritz, entre gens de si bonne compagnie ?!…

Alors je viens d’entrer en dissidence. Silencieusement. Après mûre réflexion. Cela m’est venu à la faveur d’un changement. Comme il s’agissait de ranger, de disposer mes chaussures. Prés de la porte d’entrée ? Non. Cela aurait pu occasionner une gêne. Sur la droite en rentrant, dans le couloir menant à la chambre ? Oui. Oui, mais comment. Dans le sens de la longueur, prêtes au démarrage. Plutôt la pointe vers la porte d’entrée ?…D’accord. La pointe vers la cloison du couloir, m’amenant à me chausser, déjà dans le mur, en prenant appui avec ma main à hauteur d’homme ?….Et pourquoi pas. Ici l’idée d’un rangement, plus rangé. Alignées, en somme. Comme pour un départ avec des chances communes à tous. L’égalité ? Pas d’égalité. L’égalité, une belle couillonnade. L’équité est une nécessité. La seule qui vaille. Petit hic, ceux qui décident ont horreur de l’équité. Je les comprends aussi. Nicolas, par exemple, aussi mignon soit-il, ne vivrait pas le même séjour à six cent quatre vingt huit personnes sur le yacht prêté par son ami. Faut pas exagérer, quand même…

Et donc, comme il s’agissait initialement de ranger, disposer mes chaussures. J’ai pris la décision suivante : toute disposition devient possible, pourvu qu’elles soient rangées contre la cloison. Pointe vers la porte de sortie, la chambre, côté de la chaussure contre la cloison, stationnement en épi…Toute forme de rangement est acceptée; la diversité encouragée, même. C’est un rangement, pas uniforme. J’ai rien dit à personne jusque lors. Mais je suis réellement excité par ce changement. Une révolution, en somme. Depuis le sol. Une révolution chez soi, sans tambour ni trompette. Un petit signe. Comme la possibilité de s’opposer.

Même en silence. Un lourd silence. Comme cette masse grise, qui recouvre l’azur. Une tâche sombre, de plus en plus large, de plus en plus sombre. Un silence qui finira par faire beaucoup de bruit. Un silence comme une rupture dans la logorrhée du quotidien. La force du vide-plein. Un silence sans radio, ni télé, ni fournisseur d’accès.

Peut-être la possibilité de descendre, nos chaussures à la main, de les déposer devant la mairie. Lieu ou ils disaient vouloir nous consulter…Silencieusement. Chaussures et silence, le début de la révolution.

AgurMinier de chaussures photo libre de droits