Le cheval du monsieur

 

 

 

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Il est arrivé, à pieds. Tranquillement. Avec des chaussures de marche. Un pantalon court, une chemise bleue ciel. Des chaussettes montantes. Un scout ; version adulte. Hâlé par tant de jours au soleil. Le sac à dos bien rempli. Il était midi, un peu dépassé. Il s’est mis à échanger, très vite, avec deux personnes. Finalement. Il a accepté. Non, pas lui, le monsieur au cheval, l’autre. Un jeune homme avec une casquette tachetée. Cette polaire d’une marque vendue en France à six cent onze millions d’exemplaires. Bleu, bleu turquoise. Pour le footing, la maison quand on se met à l’aise, le jardin, le bricolage, les sorties un peu, les chantiers…Effectivement, le chantier. Celui de la pharmacie à venir. Saint-Palais, des pèlerins en juin, des pharmacies pour soigner les ampoules des deux pieds de la moitié de la planète. De celles et ceux qui vont à Compostelle, de ceux qui n’y arriveront pas, de ceux qui vont en revenir. De ceux qui y croient, croient. Des rédemptions, de cadres supérieurs qui n’en mènent plus si large mais qui ont besoin de réussir quelque chose, encore. D’aboutir. Des silhouettes tordues, penchées comme des clignotants de véhicules anciens. Des corps penchés qui avancent, défiant l’espace. Mode sagittal. Des groupes, avec ceux qui attendent devant, ceux qui marchent en couple, sans plus se quitter d’un pouce, ceux qui marchent seul, avec d’autres. Ceux qui marchent complètement seuls, se satisfaisant de rencontres d’étapes.

Le chantier, donc…Un peu de poussière, un peu d’obscurité, d’ombre aussi. Une mission qui vient bien. Garder le cheval du monsieur qui va faire de petits achats à l’épicerie d’ici. Une mission qui pose un peu-là, l’ouvrier. Le cheval docile, amical. Il sait le plaisir qu’il procure à celui-ci. Une dame passe par-là, pose son panier. Elle discute avec le cheval. L’ouvrier tient le cheval qui discute avec la dame. Eh, eh !!!

L’adulte toujours scout, est de retour. Remerciements. Echange avec la dame, l’ouvrier. Salutations. Il s’en retourne. Toujours marchant, le cheval paisible. Ils vont vers le pont, la sortie de la ville. La route vers Garazi. Un couple l’arrête. La dame connaît quelqu’un qui et le monsieur, les fers, et tout ça, ça tient bien, oui, bien protégé, depuis…ah, oui, quand même. Un sourire, des sourires, un petit filet d’humanité. A l’heure de la pause-déjeuner. Survient un chien tirant un sexagénaire; un peu jaloux, le chien. Pour un peu, il ne calculerait pas le cheval. Le cheval blanc à Saint-Palais, un cheval pour voyager. Un cheval pour oublier ce flot de camions qui déchirent le centre du village. Une irruption trop fréquente, aggravée par les tressautements des remorques, les bêlements, les cris d’effroi des animaux embarqués…Alors le cheval, ici, c’est un peu la fête. Un défilé de saltimbanques, même réduit à sa plus simple expression. Même au singulier. Saltimbanque, rien à voir avec un établissement de crédit.

Provient de trois mots italiens : saltare in banco.

Agur