Lettre ouverte à Delphine Gleize*

Moi, c’était hier. Un jeudi gris à Bayonne. A l’Atalante, face à l’Adour. Vous m’aviez semé, déjà, à Saint-Palais, à Garazi ; que des dates qui ne me convenaient pas. Et puis, « Beau joueur », mercredi, jeudi à Bayonne. Jeudi, très bon pour moi. Quelques démarches administratives le matin, un crochet par Itxassou, puis l’heure du film. Un peu en avance. Mais pas trop.

Pas comme au stade ou j’arrive régulièrement avant, pour les voir s’échauffer. Quand je ne participe pas, moi-même à ce moment privilégié. Et c’est parti fort. Avec des visages, ces mots trahissant ses maux. Une équipe à la dérive. Qui a des hoquets de colère, de révolte, des moments de bravoure et ces creux. Des creux emplis de souffrances, de tourments. Un huis clos théâtralisé, avec ces trois coups forts, contre la porte. Ce chemin avec un virage à angle droit, le couloir, et la Peña. La peña, et des envies de néologisme.

Parce que ces beaux joueurs ont déçu souvent cette bande d’amis, venus en nombre à Jean Dauger. Et de courage et de cœur, pourtant, ils ne manquaient pas. Les petits êtres invités dans leur antre, ont appris. Ils ont retenu la leçon déjà. Les points de suture en ponctuation rugbystique. Donner, recevoir. Sans compter. Les corps qui grincent, les refuges éphémères à même le sol, en lecture, en sommeil, la poche de glace pour frissons ultimes…

Du bus, un peu, des matins froids dans l’algeco, quand la sentence des blessés refroidit encore davantage la séance d’entraînement à venir. Les suiveurs perchés sur la butte, guettent, eux aussi, un signe, un pas, une allure, une bonne nouvelle, ou une mauvaise qui s’abattrait sur les autres favorisant ainsi le dessein des ciels et blancs…Le passé récent, brillant, joyeux qui revient, lancinant. Comme si l’avant pouvait éclairer ce présent, le dépasser, aider à le surmonter. Mais ces rappels qui tirent par la manche, comme ces morceaux de scotch bleus sur les chaussures sont teintés d’une couleur mièvre ; le dérisoire.

Le dernier épisode se traduit par une victoire. Face à Grenoble, un autre prétendant au malheur. Les sourires et les rires, la satisfaction du résultat. Si désiré…Je quitte le cinéma. Tournant le dos à l’Adour. Du jazz, pas loin. Un saxo fort. Tout à fait d’actualité. Je quitte ma famille à regrets. Ma famille, toujours plus nombreuse. Remplie de gens avec lesquels je pourrais me disputer, de commentaires qui m’exaspèrent. Ma famille, ceux du Millenium, de Dublin, de Marius Rodrigo, jusqu’à Marcel Garcin ou ailleurs. Sans nom, insensibles au  « naming », n’importe où sur la planète. Un terrain et deux « H » avec des bras plus ou moins longs, et je suis chez moi.

J’y ai cru. J’y ai cru jusqu’au bout. A ces matches perdus qui pouvaient se muer en victoires, à cette victoire qui allait venir… Moi aussi j’aime les hommes qui se relèvent. Je ne vis que pour cela. Ce fut donc un beau voyage, Madame Gleize. Je vous remercie. Je vous serre fort dans mes bras. A bientôt.

Agur

 

Delphine Gleize : réalisatrice du filme « Beau joueur ». Beau film. Très beau film.

 

 

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