Bayonne : 24 Biarritz : 17

Le match, donc. Sous les couleurs d’avril. Souvent les plus belles. Du soleil. La montagne basque recouverte de sucre glace, léché par endroits avec gourmandise. Le noir de l’écobuage qui favorise le contraste, quant au vert décliné ici en tant de nuances…La parade des tracteurs bat son plein. Ces amoureux viennent témoigner à la Terre de leur attachement. En semant, griffant, caressant, c’est selon. L’odeur est forte aussi ; dans un mélange de secrétions. Des ovins en paquet, dispersés, des bovins placides ou inquiétants. Que du bonheur !

Les Biarrots ont pensé poser un premier problème aux Bayonnais. Celui de l’avant-match, du protocole, des préliminaires. Celui de la mascotte. La mascotte déclarée, Koxka, son air benêt, la mascotte brave du passé, Geronimo. Les Biarrots souhaitant s’avancer avec deux mascottes. Comme si l’on allait mieux d’un pas dissonant, d’un discours à deux voix, qui ne s’accordent pas ?!…

Pottoka sûr de son art, jamais remis en question, toujours prompt à faire corps avec le public Bayonnais, Pottoka, donc,  s’est rendu sur la pelouse de Jean-Dauger avec la confiance et la sérénité du tenant. Et dés le tour commun sur le pré vert, Geronimo se cantonnant à une place en tribunes, on a bien vu que Koxka avait moins de coffre, d’épaisseur, de profondeur. Bref, que la figure locale, indétrônable et chère aux enfants Bayonnais, allait s’imposer. L’hymne a retenti fort, très fort, sans fond sonore, ni cornemuse. Un avant-match avec un net avantage aux locaux.

Et le match a démarré. Sur les chapeaux de roue. Avec un engagement effréné, comme s’il s’agissait de régler son compte à l’autre. De solder ses comptes. Une dernière fois. Une agressivité décuplée chez les Biarrots. Et pendant une heure de jeu, les Rouges vont dominer. Quelques cartons vont émailler également cette partie. Synaeghel et Iguiniz, le premier pour sa tenue peu orthodoxe, le second pour venir au secours de Taufa. Beaucoup de passion, de tension. Beaucoup de jeu aussi, comme si les acteurs avaient voulu oublier, dépasser des querelles artificielles, ou plutôt provoquées à grands renforts d’artifices…Bien avant les dates prévues, à Bayonne pour les fêtes, à Biarritz pour le quinze août.

Une heure atteinte sur un score nul. Dix-sept partout. Là, avec le bal des entrants, le retour de quelques remplacés, un score de parité ne contentant personne et surtout pas les visiteurs, les spectateurs jusque-lors comblés, commençaient à consulter leur montre, la pendule, la blonde pas loin, les gesticulations des bancs respectifs.

C’était la soixante-dix-neuvième minute. Un renvoi aux vingt-deux mètres botté loin, très loin par Ximun Lucu contrôlé en deux temps par Tisseron. Celui-ci, dans ses propres vingt-deux mètres, côté tribune d’honneur, sans perdre de temps, s’enhardit à remonter le ballon. Un petit coup de pied à suivre pour lui-même, deux crochets, et pour finir une merveille de coup de pied décroisé, à hauteur de la ligne médiane. Muscarditz ayant plongé avidement dans le dos de son arrière, le long de la ligne de touche, pour se saisir du ballon aprés un rebond, juste devant Artru. Une dernière passe pour Jané-auteur d’une bonne rentrée- et Jean Dauger jubilait. Les Biarrots, ulcérés, réclamaient- sûrement à juste titre- un en-avant, lors du contrôle en deux temps de Tisseron, par ailleurs plaqué furieusement lors de son ultime exploit, et toujours à terre bien aprés la transformation de l’essai.

Ce temps long de contestations, d’amertume et de joie intense, amenait Monsieur Rousselet à accorder une pénalité pour les Bayonnais, en lieu et place du coup de pied de renvoi, sur la ligne médiane, face aux poteaux. Saubusse tapait en touche, avec énergie, jusque dans les tribunes, offrant ainsi le ballon au seizième homme.

Une fin de semaine, heureuse pour les Bleus, triste pour les Rouges, comme la fin d’une qualification envolée. Une fin de semaine de commentaires, d’impressions à chaud, de paroles déplacées et ajustées. Un dernier espoir, résidant encore dans ce temps de troisième mi-temps, l’alcool aidant  » et alors, ce con, il siffle….parce qu’à part lui, tout le monde l’a vu, et on les emporte en mêlée…Pour sûrrr, répondait l’autre…Pour sûr. » Une courte nuit, longue à redessiner cette fin de match. Une échappée dans le virtuel pour contre-carrer la réalité, bien à l’abri dans ses remparts, ce soir.

Agur