Conversations passées

Les conversations fournissent un sujet inépuisable. Le temps qu’il fait, qui manque, qu’il reste. Les voisin, les autres, la famille…Ces échanges débutant parfois par « onmadit », jeteledisàtoi » sont tour à tour chaleureux, cruels, délicieux, excessifs, lapidaires, ordinaires.

Là, ce dimanche, comme je circulais dans l’ancienne Aquitaine, jusque vers la Dordogne, me vinrent en mémoire ces conversations disparues. Carrément éliminées. Recouvertes de sédiments scientifiques, appelés « géolocalisations ». On sait donc, ou nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. On nous parle. On recalcule en cas d’erreur, que l’on nous fait remarquer. Tout juste si’ l’on ne fait pas une pause pour la conne ou le con qui parle dans la boîte. J’ai d’ailleurs une envie furieuse, parfois, de lui tirer les cheveux, mais je me contrôle. Je reste cybernétique ment correct.

Fini, ces échanges pour éviter Saint-André de Cubzac, cette petite route que personne ou presque ne connaissait, pour glisser de nos Basses-Pyrénées jusque vers le Sud-Est, les Bouches du Rhône. Fini cette irruption, cette victoire de l’oncle, commercial qui parcourait la France en voiture, et qui savait lui, par où passer. Tellement sûr de son fait qu’il était, dans la même conversation, capable de vous dire qu’il avait testé les deux itinéraires et que « je te le dis, tu gagnes vingt-cinq minutes, pas une voiture… ». L’assistance, dont je faisais partie, ne pouvait qu’en convenir. Battus, battus deux fois même. En connaissance, en temps. En théorie et en pratique. En géographie et en vitesse.

Battus, certes, mais on se promettait d’y revenir. De passer par là, plutôt que par-là. Mais, les itinéraires de délestage, les bis, cette manie du bison futé de faire son intéressant et de ne pas tenir sa langue ! Nous voilà tous logés, à la même enseigne. Celle de la planification. A l’aller, j’ai fait mon frondeur, résultat, j’ai bien cru ne pas atteindre l’arrivée avant lundi. Au retour, j’ai, de guerre lasse, suivi les conseils de la machine. Mais j’ai eu du mal et comme je ruminais, moi aussi (?!) en plus secret, bien plus secret que le bison, j’ai eu droit à un flash, sur l’autoroute en travaux. Pour un peu, j’accueillais l’imprévu avec le sourire. L’imprévu…

Agur

 

 

 

 

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