Pétanlard

Ils vont. Ils viennent. Des hommes. Pour la plupart. Plutôt des qui en ont fini avec la vie active. Quoique la vie active dure, toujours plus dure. Active, il vaut mieux l’être d’ailleurs. Je ne sais même plus pourquoi je dis cela. Je l’écris.

Eux, ils n’y pensent pas en ce moment. Ils vont et ils viennent. Puis s’en retournent. Sans surveillance. Et c’est déjà beaucoup. On pourrait croire qu’ils sont « libres ».

Ils se réunissent. Bien sûr, ils prennent bien garde de ne pas constituer un groupe. Surtout pas plus de vingt personnes. Alors, ils font des équipes. De deux, de trois. Et ils jouent, par équipes de trois. Trois contre trois. On peut encore cela.

Ils ont eux-mêmes consenti à une réduction de leur espace. Plutôt une limitation. Mais c’est pour leur bien, en même temps. Alors, ils se déplacent, les mains derrière le dos. Les mains sur les hanches. Les mains emplies d’une boule. De deux. Debout, penchés, accroupis pour certains.

Immanquablement. Le premier lance une bille de bois. Puis à tour de rôle, ils lancent. Pour s’approcher de la cible. Des fois, ils tirent, dans une colère, une rage contenue. Vient alors le moment de faire les comptes. De se mettre d’accord sur l’octroi de points. De mesurer éventuellement, sans perdre sa mesure.

Ils lancent d’un bord vers l’autre. Abrités qu’ils sont. Éclairés même. Ils ont en sus le plaisir, de l’air vivifiant. Le froid, la pluie qui s’invitent, même s’ils restent à la porte. Surtout elle. Il manquerait plus que cela, tiens…Et ces allées et venues, jusque tard dans la journée. La boule touchant la bille, l’effleurant, la caressant. La boule choquant l’autre boule. L’éjectant. Du bruit. Plein fer. La main a remplacé le fouet.

Des paroles échangées, on peut. Un juron en allé, mais pas davantage. Des voyages, tant qu’on veut. Dans la bande de quatre mètres de large. Une quinzaine de pas en longueur. C’est suffisant.

Là-haut, ils vont s’en rendre compte, dans quelque temps. De nouvelles normes vont voir le jour. L’espace vital d’une collectivité sera ainsi déterminé en fonction de cet espace de jeu. Ainsi sera également délimité l’espace consenti aux mouvements d’humeur. Le mot « manifestation » va bientôt disparaître. Un règlement en treize points va être promulgué. Avec l’essentiel de nos devoirs porté à la connaissance de tous. C’est pour bientôt. Plutôt rassurant, n’est-ce-pas ?!…

Agur