Angoicidulée

Elle vient, une première fois. Doucement. Tout doucement. Sur la pointe des pieds. Elle a débarqué, lentement, avec assurance. Ça doit faire un moment qu’elle me suit. Posée, lovée dans le creux de mon épaule. D’une discrétion sans égal. J’ai le sentiment qu’elle se déplace avec moi, qu’elle connaît mon chemin, qu’elle m’attend en route. En de multiples points de rendez-vous, des pauses, des arrêts voulus, d’autres qu’elle ponctue à sa guise…

Et de me tirer par la manche, de me ramener avant, de me précéder et de m’intimer, juste en passant. Puis une autre fois, encore. Des caresses qui font crisser mon être. De petits coups de bec pour entamer ma sérénité, ma tranquillité. Troubler mon paisible.

Elle ne me parle pas, n’utilise jamais le « je ». C’est moi qui le chevauche. Et les soubresauts, les ruades. Ça secoue ! « Ai-je fermé le gaz ?… Ai-je fermé à clef ?…La cafetière ?…La plaque électrique ?… » Et j’ai beau être sûr de pas tout à fait, enfin presque, que j’entre en scène pour de vrai, à ce moment. Et le dialogue vrille dans mon esprit. La répartie n’est pas toujours là. Mais ce monologue laborieux est efficace. Et les questions reviennent. « Lui ai-je dit ?…Non, je ne veux pas…Je n’ai pas envie quoique… »

Comme des mots que l’on ne prononcerait pas mais qui gronderaient dedans. Une tempête, même. Pas un sifflement discret et régulier, comme un vent sans arrière-pensée. Non. Des hurlements contenus, à grand-peine. Des émotions bousculées, des sensations d’oppression, d’étouffement. Une musique qui sort de la boite, jamais tout à fait identique. Un malin besoin de plaisir fait d’ambivalence, de déjà vu, connu, entendu que je rejoue, avec des cordes plus nombreuses, tendues.

Et la tonalité change. La tonalité et le volume. Pas nécessairement accordés. Car je n’ai pas désiré qu’en baissant le volume, les aigus se barrent. Et ce son « boueux » s’affirme, s’impose. Là, laaaa…Cela commence à s’estomper. L’humeur se détend. Je bois quelques inspirations bruyantes et gonflantes avec des toasts à l’expiration, que je savoure la bouche ouverte.

Au revoir,  l’angoisse. Repasse peu souvent, mais ne me laisse pas tout à fait seul ! Sourire.

Agur

 

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