Avant-dernier jour (1)

L’arbre, au fond…Au début, bien sûr que je trouvais ça, bien. Cet arbre, j’ai jamais su ce que j’étais. Une balise, avant la haie du fond. Mieux que la clôture avec des piquets en bois et du fer hostile. Pendant longtemps, je crois qu’il est resté à sa place. Je me suis pas méfié. A part les racines, comment imaginer ? Avant…Avant j’avais l’impression d’un grand jardin. D’une sentinelle qui aurait veillé sur moi. Là, j’en suis sûr…Il a encore bougé, cette nuit, et même dans la journée, il s’approche. Je l’entends…J’entends le bruit des branches qui craquent.

Ce matin ça va mieux. Assis sur mon fauteuil, prés de la fenêtre du séjour, je guette. J’ai plus envie de sortir. Même de chez moi, je n’ai plus envie de bouger. Je n’ai plus envie de rien. Tout me fait chier. Des cons. Les couilles du voisinage, ne m’en parle même pas. Je peux pas expliquer à des gens qui comprennent rien. Pire, ils sont comme l’arbre, eux-aussi. Ça vient chez toi, ça parle, ça croit tout savoir. L’autre, il fait toujours tout mieux que tout le monde. Avec sa piscine à la con. Il doit se baigner trois-quarts d’heure par an. Beau profit. Les enfants ?! Tu parles. Ils ont compris les enfants, y’en a pas un qui vient. Veulent pas se faire chier avec l’autre et sa philosophie. Veulent pas s’emmerder avec des chaussons, s’essuyer les pieds, se laver les mains avant de passer à table. Des cons à droite, des cons à gauche. Le milieu complètement déconnant !

Je le ressens dans mon sommeil. Il s’approche. Chaque fois qu’il y a du vent, il tend une branche, plusieurs. Elles entrent presque dans ma tête. Presque pareil. Personne ne le ressent, mais moi, je sais ce que je dis.