Elle, Lui

Ils posent. Meurtris dans leur chair. Ils portent les stigmates de leur présence. Un samedi aprés-midi à Bordeaux. Un mardi matin à Biarritz, prés de la Grande Plage. Une jeune fille de 18 ans touchée en plein visage, peut-on lire, ici. Un garçon de 26 ans qui ne sait plus ramasser un objet au sol, de sa main droite.

Un samedi aprés-midi, de grisaille et de revendications. Un temps de violence, très souvent attribué aux porteurs de gilet de détresse. Un mardi matin, entre tamaris et Océan. La contestation insupportable aux gouvernants.

« Touchée en plein visage ». Il avait ramassé une grenade. Son erreur, lit-on par ailleurs. Touchée en pleine grâce, debout avec son téléphone pour filmer la scène.

La question de leur présence, émerge vite. Comme un énoncé à charge. Déjà. Et pourtant ! Bien sûr le droit au désaccord. Légitime. Humain, très humain cet énième soupir qui pousse à sortir de chez soi. Aller dire, crier, partager. Avec des semblables. Egalement exaspérés par la solitude des urnes. Cette sensation d’un bulletin qui coule à pic, comme une ligne plombée.

Déclamer sa déception, sa colère, son dégoût face à l’indécence et l’outrecuidance. En chantant, dans un charivari, avec des échanges. Des regards, des paroles. Une ambiance peuple. Dépasser, oublier un temps ces fausses nouvelles qui culminent. Ces attitudes travaillées. Mises en scène. Ces mains trop à plat sur le bureau. La peur en bandoulière. Ces façons de dire, d’écrire, de réécrire, de retranscrire les choses. Ces choses de la vie. Dont on nous retire le souffle.

« Touchée en plein visage ». Je lançais des œufs. Les chairs meurtries de nos enfants. Bousillés. La chair à vif et en lambeaux de notre descendance. Déchirée. Les sirènes et les gyrophares, les compresses, la mine grave des soignants. Les scalpels, le sang à gros bouillons, les cris, la douleur. La chirurgie. Les sutures, les infections à prévenir. L’esthétique cartonnée, l’appétit, le sommeil déréglés.

De leur chaire à eux, cette lucarne soumise qui diffuse en permanence, les fait entrer dans nos foyers. La posture. L’air sérieux, préoccupé. Le poids des responsabilités, le grain qu’ils désignent « bon » et l’ivraie, avérée, sur la base de leur expertise (?!) . Celle de décider, de juger, de trancher. Leur discours gagne coûte que coûte. S’insinue dans nos esprits;  jusqu’à nous faire nous retourner contre nos semblables. La question de leur présence.

« Touchée en plein visage ». Il commence à comprendre ce qui lui est arrivé. La parole confisquée, le bâillon de la version officielle. Celle qui prend nos mains, sans plus nous les rendre. Celle qui nous aveugle, nous ligote. Tout cela au quotidien, inlassablement scandé. L’impact des droits régaliens. Déjà dans notre jeune âge. Puis dans nos poches d’adultes. Jusque dans le matelas des pensions maigres, de nos vieillesses. Comme un avant-goût de linceul.

Elle et lui. Assis dans la salle de rédaction d’un hebdomadaire basque, en fin. Deux personnes animées injustement violentées.

Qui a dit que vingt ans était le plus bel âge ?

Agur

2 réflexions sur “Elle, Lui

  1. Ben, belke observation sensibne et précision chirurgicale…ma fille vient aussi d’avoir 20 ans….si la vague de jeunes qui se dessine autour du climat s’amplifie quel prétexte trouveront ils pour anéantir leurs éclatantes et joyeuses manifestations?
    Comment nous lier? Nous joindre?
    Peser….quand?

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