Deux arbres abattus

Sur la départementale onze, cette fin de journée. Entre Mauléon-Licharre et Saint-Palais. Des montées, des descentes. Des pentes qui virent. Des virages qui grimpent. Un feu clignotant pour que les vaches traversent pour changer de parcelle. La voiture arrêtée, en face. Pas d’enfants sur lesquels veiller, vers ou en sortant de l’école. Non. Des bovins. La femme, bâton en main, discute avec l’automobiliste arrêté. Je passe en sens inverse. La contagion pélerinesque au Pays Basque…

 

Le retour est bucolique. Plus encore que l’aller. Bucolique bercé par une mer de seins, de hanches et de fesses. De relief en rondes déclinaisons. Quelques-unes blanches au loin. Du bombé tombé du ciel, ou du convexe soulevé, tendu vers les cieux.

Un peu aprés le panneau Domezain. Deux arbres abattus. La tête posée sur les billots. Deux auréoles que j’imagine humides encore de la vie qui venait. Une oeuvre de professionnel. Un doublé. Comme on aurait abattu un animal. Deux arbres, certainement pas des hêtres à l’odeur si agréable. Deux feuillus, qui trempaient leurs racines prés de ce filet d’eau. Depuis longtemps. Fini. Deux trophées. Deux morts; de ceux dont on s’arrange si facilement…

 

Erri de Luca sur France Culture. « J‘ai défendu le verbe « saboter », j’accepte volontiers une condamnation pénale mais pas une réduction de vocabulaire ». « L’écrivain est un citoyen qui peut profiter de son écoute pour défendre des causes civiles. »

Un peu plus loin ; « j’ai honte d’être contemporain de naufrages en mer calme ». « Aucun passager d’un bateau, n’a voyagé si mal, dans des conditions si minables, même pas les esclaves transportés de l’Afrique. » …

Agur