Ronde en Biscaye

Finalement les Anglais ont laminé les Irlandais. Pressés par une ligne blanche défensive, forte et rapide. Déstabilisés par du jeu au pied, dans leur dos, avec une pression « des gars qui suivent », comme on disait autrefois. Les verts ont sombré. Ils n’ont imposé ni leur rythme, ni leurs longues séquences, ni leurs passes courtes.

Le « Molly Malone » a fait le plein. Un public, debout, assis. Des Irlandais consciencieux ;  la longue table en bois prés de l’écran, témoignant de leur non-abstinence. Ceux-là ont des statistiques en or-ge! Des pratiquants de Bilbao, les Biscayens ne cachent pas leur affection pour les Verts, dans une humeur bon enfant. L’Athletic Bilbao, prend l’eau à Anoeta. Oyarzabal a ouvert le score pour les Guipuzcoans. Facile. Le football, décalé, omniprésent. Envahissant.

Plus tôt dans l’après-midi, au « Picasso » de Gernika. Du monde sur le coup de quatorze heures. Ça apéritive consciencieusement. Les longs verres bien remplis, perchés leur pied unique. Tenus consciencieusement par les officiants. De jolies pinces, pouce-index. Un groupe de femmes vient d’entrer. La plus jolie d’entre elles, accompagné d’un intrus. Un nuage de parfums, mal réglés, des ongles peints, des fonds de teint qui ne tiennent pas à passer inaperçu. Le volume sonore augmente un peu. Deux hommes regardent le football, l’un d’entre eux, se moque du peu d’engagement. L’insulte amicale.

Tout prés de moi, un pélican barbu vient de gober une grosse moule. Il tend l’assiette au serveur. Comme s’il voulait s’empêcher d’avaler la coquille. Bien campé sur sa station-écart. La doudoune prés du corps, un petit peu trop même. Pas vraiment replet. Mais la cinquantaine qui souligne le tour de taille. Le verre de vin rouge témoigne, lui aussi, de l’assaut présent. De quoi oublier le granizado, dehors. Un premier samedi du mois. En face les bars sont remplis, aussi. De temps en temps une grappe humaine s’échappe, la trajectoire d’humeur sinueuse.

Molly Malone, l’histoire d’une belle poissonnière, également versée dans les moules. Un soutien irlandais. Picasso, une contribution à la mémoire. Une toile magnifique. Une  oeuvre qui intime le silence.

Des noms, des mots ce samedi aprés-midi. Ailleurs, la Chandeleur. De jolis sons, encore. Un dicton ; « à la Chandeleur, l’hiver se meurt ou prend vigueur ». Je grelotte d’avance.

Agur