Divagations sous contrôle au Pays Basque

« Il pleut, il pleut bergère… ». Tout fout le camp! Y’en a pas une pour rentrer ses blancs moutons. Pas une. Si, de temps en temps un individu en quad, un accompagnement pour changer de parcelle. Des migrations contrôlées. Prévues.

« Il pleut, il pleut bergère… » Je les admire, ces blancs moutons. Impassibles. La laine sur l’épaule, une marque de textile grossière-qui en bleu, qui en rouge », quelques têtes noires, des Manech (bien nommés), stoïques dans les prés. Il pleut. Sous toutes les coutures. A seaux, averses, type « crachin », zirimiri ici.

« Il pleut, il pleut bergère… » La question du « dedans » ne se pose même pas, pour eux. Ils vivent leur condition, pleinement. Pour un peu, je les soupçonne de refuser l’hébergement. Une vraie fierté. Après, le mouvement est suivi, comme toujours chez les ovins. Solidaires. C’est bien.

Quelques achats sur la route. Je suis effaré par le prix du papier hygiénique. Peut-être pas au point de déclencher le prochain mouvement de contestation, mais…Le papier hygiénique. La feuille d’automne emportée par l’étron. L’eau potable, le recyclage en sus. Y’aurait quelque chose à revoir dans le circuit du rejet. Je dis ça, sans penser à une taxe quelconque, mais je le dis.

Trois achats sous le bras, je file. Je fais vite. J’ai hâte de sortir. Agressé que j’ai été, dés mon entrée. Les pots de confiture, les œufs, les farines. De quoi haïr tous les prénoms féminins en -ine ! Et pourtant les crêpes, hummmm….Mais cette injonction, d’emblée, cette manière d’imposer à notre vue, cet étalage. Cette profusion. Cette façon de baliser nos pas, dans une haie de produits, gras, salés, sucrés qu’il faut consommer avec modération. Je pourrais devenir violent. Oui.

Une fois passée l’envie de foutre  tout en l’air. De renverser l’étalage, comme on renverserait la table. Je retrouve le sourire, en imaginant la scène. Et c’est un peu comme si je l’avais accomplie. Mais sans le faire, pour garder ma place dans le corps social. Le trafic. Me reviennent alors en mémoire quelques scènes de la « Grande Bouffe ».

Et là encore, une vision. J’y convierai bien ces énergumènes que l’on voit et que l’on entend si souvent à la télé, ou à la radio. Ces confiscateurs, menteurs, trompeurs. Une grande assiette avec une pile de crêpes de un mètre de haut. A consommer. Quand la Chandeleur annonce les semailles d’hiver et la farine excédentaire. Déjà les excédents et la spéculation qui va avec !

Je sors. Deux ânes en train de converser de l’autre côté de la route départementale. Je vous fais grâce de l’esquisse d’ébauche d’embryon d’une étude comparative des nos conditions respectives. Il vaut peut-être mieux.

« Il pleut, il pleut bergère… »

Agur