Animaux dedans

C’est l’hiver. Il ne fait pourtant pas froid, ici. C’est quand même l’hiver. Les animaux sont rentrés. Il y a bien deux ou trois troupeaux de moutons, dehors encore. Une grosse tête d’épingle sur laquelle on aurait collé des cheveux de laine. Le tout posé sur une toile verte, un peu abrupte.

Avant Hiribehere, les vaches, depuis leur quartier d’hiver, regardent passer les voitures. Elles avancent, pour se nourrir, leurs cornes entre des barreaux verticaux. Une résignation masticatoire, ou une mastication résignée. Certainement les deux à la fois. La Joyeuse, partie depuis Iholdy, suit son cours. Sans débordement. L’allégresse humide, à l’eau minérale, sans effusions.

Les poules sont aussi présentes, dans le paysage. Invisibles, mais présentes. Le maïs stocké dehors, apparaît comme une réserve de grains. Du précieux. Qui brille. Du jaune vif. Au milieu des verts, des roux. Dans le gris maussade. De l’or à l’air presque libre. De quoi caqueter de plaisir. Mieux encore, de quoi réveiller la vallée sur le coup de six heures du matin…Pour le plaisir des lumières qui s’agiteraient, une à une, dans les habitations irritées.

A Louhossoa, les vaches sont affalées. Des aptitudes laitières qui ont satisfait l’agriculteur du matin. Le camion de lait, a du passer et expédier tout cela. Une vie discrète, ces camions de lait. Pas une goutte qui dépasse. Une cuve allongée, que l’on ouvre par le dessus. Des tournées matinales, et l’on dit que le lait tourne…Oui, tout en courbes ici. Des courbes et des pentes. Une inclinaison pour des courbes. Sourire.

Et le cochon, qu’est-ce-qu’il dit, le cochon ?…Il voyage, pas très confortablement. Mais il y a pire. Il voyage en solitaire, ce matin. Au cul d’une voiture, dans une remorque. Il bute contre la paroi, la grille et le plastique devant, les fesses calées contre la paroi arrière. Une oreille plus haute que l’autre. C’est l’hiver, ça sent le boudin et les jambons. Dans la tradition, les femmes en décousaient, aprés l’office du saigneur.

Je ne sais pas s’il y pense, le cochon. Ça doit pourtant penser, avec sa queue en tire-bouchon, ou pas. Il n’est que d’entendre les groupes d’animaux, convoyés sur deux ou trois étages, d’une conduite sèche et sans état d’âme. D’un pays vers l’autre…

Plus haut, l’Adare. La bergerie abrite confortablement. Un parement en pierres, comme pour une maison d’humains. Il pleut. Un mouton, dans le seuil de l’entrée, me regarde. Peu de distraction et de visite, en ce moment. Peu d’humains. Reste à savoir si la survenue de bipèdes améliorera le sort des bêtes. Un doute que j’aimerais bien lever, mais…

Agur