Après l’entretien de Raphaël Enthoven dans la presse quotidienne régionale

Question : 

« N’a-t-on pas assisté à un dialogue de sourds ? Au choc entre deux surdités ?

Réponse : 

« Face-à-face deux surdités en chiens de faïence ! D’un côté, le pouvoir dont la surdité consiste à répondre froidement par la technique à ce qui relève d’un cri du cœur. Ce qui est viscéral est irréfutable. En se situant sur un terrain technique, le pouvoir s’expose à ne pas être entendu.

De l’autre côté, les gilets jaunes, dont la surdité est d’avoir décrété la surdité du pouvoir, et qui s’attachent, en toutes circonstances -que les gouvernements leur répondent ou non-à leur reprocher de n’être pas entendus.

C’est commode ! J’en veux pour exemple cette députée LREM qui, pour son malheur n’a pas su évaluer le Smic, et sur qui les gilets jaunes sont tombés comme la preuve de l’incurie des gouvernants. »

 

Le philosophe est en photo. Visage, de face. La photo est légendée de la façon suivante : « Il faut se battre, inlassablement, pour la possibilité même de discuter. C’est-à-dire pour le grand remplacement des invectives par les arguments ».

 

Il faut se battre. Oui. Inlassablement. Re-oui. Contre la parole confisquée par « les poulaillers d’acajou, les belles basses-cours à bijoux… » Contre ces faiseurs, ces beaux-parleurs. Ces spécialistes du partage qui nous renvoient dos-à-dos. Nous serions sourds.

Et comment ?! Nous sommes sourds à des arguments techniques. Des arguments techniques ?

Des chiffres que l’on nous assène. Des chiffres mensongers, comme les propos des gens en marche. Hors de propos. Des mots tronqués. Des augmentations payées sur nos deniers.

Hors-budget. Du budget qu’il faut tenir et suivre, proclamé en déficit par les tenants de l’orthodoxie budgétaire. Un écart autorisé par Bruxelles, dépassé par Paris et que le territoire hexagonal va combler, à travers ses « territoires » selon la nouvelle expression à la mode . Un écart, érigé en « règle d’or », mais ils ont dû oublier depuis…La technique connaît, elle aussi, des variations.

Et nous tombons, alors, dans l’invective. Nous tombons. Comme s’il s’agissait, pour nous, jaunes gilets, d’une pente naturelle. Nous tombons. Dans la pauvreté. Dans le dénuement. Dans la relégation. Nous tombons. Nous n’en finissons pas de tomber. Pour un peu, cette chute vers les profondeurs, vers la misère et les cartons qui amortissent le choc, serait grisante. L’épisode d’aprés, celui qui vient lorsque les bières pas chères ont rasé la surface de nos cerveaux. Lorsque les neurones affolés se télescopent entre eux, et que l’équilibre vacille.

La surdité serait-elle la cause ou la conséquence de ce mal de vivre ? Les deux à la fois ?! Un symptôme supplémentaire. Après les dents, qui déchaussent, nous laissent en plan. Sans dents.

« L’incurie des gouvernants » n’est, hélas, plus à prouver. Le philosophe de radio et de télévision, poursuit cependant son propos. Il s’attache surtout à la forme. Comme celle de son beau visage. Le fond est ramené à l’hypothétique suppression de la taxe. Le fond, ce qui manque au professeur de philosophie. Le fond. Celui qui aurait permis une réflexion préalable, avant la question, l’énoncé, venu clouer le bec aux jaunes gilets.

« Où est le projet collectif ? »

Parce qu’il y a un projet collectif, dans ce pays ?

Il y a un projet collectif chez ces gouvernants ?

Des individus unis par leur formation commune, la conscience aiguë de leurs privilèges, leur situation. Des individus qui ne s’accordent que sur le goût du pouvoir à exercer, se gaussant et raillant avant, celui qu’ils servent désormais.

Ce serait donc aux gens de peu, vêtus d’un gilet de détresse, d’avancer un projet collectif, décrété à la va-vite. Spontanément. Par magie. Sans se rencontrer, échanger, prendre le temps de faire connaissance. Un projet collectif, pour modifier le cours de la cinquième république, qui hoquette depuis un peu plus de quarante ans.

Un projet collectif, avec quelques personnes qui ne représenteraient que quelques autres, invitées à négocier à Matignon… Amadouées, bernées, puis trompées au final. Avec une prime, pour libérer les ronds-points. Une prime sans droits à venir. Une prime qui n’est en fait qu’un à-valoir. Un acompte, qui se rappellera à nos esprits oublieux. C’est pour bientôt.

En attendant, ce matin, j’ai lu cet entretien. Reconnu cette même posture. Celle de ceux qui fixent les conditions à un dialogue qui n’en est pas un. Ces ministres intègres entre menaces, compassion feinte. Celle de celui qui sait, et qui renvoie la masse à une question à laquelle elle ne saurait répondre dans l’instant.

Cette même question, je vous la retourne, monsieur. Dîtes-moi, s’il vous plaît, quel est le projet collectif ?

Agur