Samedi 15 décembre

J’aimerais pas vivre ce samedi, comme le précédent. « Scotché » au téléviseur. Avec une chaîne d’information en continu. Un canal de confiscation. Confiscation de la parole, de la revendication, du spontané, du vivant. Des témoins professionnels qui photographient, tendent les micros, filment. D’ autres témoins professionnels qui filment ceux qui filment. Des caméras installées en hauteur. Comme pour des retransmissions d’événements sportifs. Du travail bien fait. Prévu en amont. Planifié.

Des manifestants, des personnes en colère, sincères, mais tenues de jouer, de surjouer. Ce n’est plus une confrontation avec le pouvoir, l’autorité régalienne. Non. Ce n’est plus un face-à-face. Non.

Le pouvoir de ceux qui témoignent, narrent, racontent, prend le dessus. Il est une incitation, une étincelle. Comme l’arbitre d’un combat de boxe. Mais un arbitre qui voudrait influer sur le cours des événements. Gros plans, micros tendus, marquage des acteurs. Traque. Le sensationnel est là. L’événement qui ne devait pas avoir lieu, a lieu. Les violences provoquées par ceux qui gouvernent mais réprimées chez ceux qui subissent, vont arriver. C’est imminent.

Le public n’attend pas. N’attendra pas. Ou plutôt,  il n’attend que ça. L’affrontement. Et ça vient…Vues d’en haut, d’en bas, depuis le côté. Contre le bouclier. Tout contre. Comme si on y était. Sans y être. Pour les commentaires et les analyses, on verra plus tard. Trois bandes horizontales, rouge, blanche et noire. Celle du milieu la blanche avec les chiffres des interpellations et des gardes à vue. Des chiffres qui varient. Résument nos vies. Les contiennent et les enferment.

Agur