Deux renards sur la route

« Le Loup et le Renard sont d’étranges voisins :
Je ne bâtirai point autour de leur demeure »

Mais deux renards sur la départementale 933, affolés dans la lueur des phares ne songeaient guère à retenir la commère Cigogne. Deux beaux renards, blonds plus que roux. Les voilà troublés, effrayés, faisant des bonds, sur la ligne continue. Chacun détale d’un côté.

Celui qui a choisi la droite, emprunte à toute allure une allée gravillonnée. Il est paniqué.  Apparemment pas conscient d’aller vers la poule…

« Sottement elle s’adresse
Au renard son ennemi,
Et non sans avoir frémi,
Lui dit le mal qui la presse »

Pas l’ombre d’un corbeau, non plus. Pas d’enseignement à dispenser, encore moins de leçon à retenir.

« Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. « Et comment vivre sans flatteur ?…

Le renard blond, entré par l’allée de gravillons, se retrouve dans une propriété privée. Avec un chien, un maître, un fusil. Une maisonnée, avec des allures de ville, à la campagne.

« Le Renard au Chat dit enfin :
Tu prétends être fort habile :
En sais-tu tant que moi ? J’ai cent ruses au sac.
Non, dit l’autre : je n’ai qu’un tour dans mon bissac (6),
Mais je soutiens qu’il en vaut mille. »

La vie du renard blond, entré par la maison, ne tient pourtant qu’à un fil. Des bruits de pas. La lumière qui détecte aussi les présences, vient de s’allumer à l’extérieur. Monsieur crie : « qui est là ? »

Et le renard reprend sa course, à travers un triste champ de maïs. Le temps n’est plus aux fables. A la poésie. A la leçon que l’on appréciait, parfois amèrement, que l’on retenait. Reste au renard à ne pas trop traîner en ville, ou vers les habitations. Il pourrait avoir affaire à forte partie. Davantage encore qu’avec le Loup…

Agur