Toussaint en rencontre

Ils ont commandé des cafés. Deux euros quarante. Il paie. Il s’est un peu contorsionné pour glisser la main dans la poche de son jean, sortir la monnaie. Elle appuie un peu son sourire. Lui, rond, les joues rouges. Les cheveux courts. Sans charme. Aucun. En se déhanchant, comme une otarie, juste auparavant il semblait rouler et jouer de ses rondeurs. Elle, ronde au nez pointu, un sourire de façade, comme une enseigne lumineuse palôte. Des cheveux châtains, qui tombent sur le front, de manière irrégulière, en dents de scie. Elle, des cheveux noirs et longs, attachés, le front dégagé. Je chasse…Oui…Tu as des animaux ? Tu vis à la ferme ? Non plus maintenant comme nous sommes séparés. Lui, il vit toujours ici ?..

La question de la descendance en guise d’introduction. Elle a des enfants. Deux, chez leur grand-mère, aujourd’hui. Sa mère à elle. Elle a les pieds croisés, de temps en temps elle passe ses mains sur ses cuisses. Toujours le sourire. Ils sont bien pour discuter, là. Planqués, au milieu des autres. Planqués…à découvert. Du coup, les cafés, le tiercé, la télé, le rugby et les conversations des habitués les couvrent. Une enveloppe, une ambiance, qui leur permet d’échanger tranquillement, sans avoir à baisser le volume sonore. S’ils se retrouvent, là, ce jour des saints, c’est que ça bouge, ça tape dedans. La fabrique à émotions s’est mise en branle. Comme la machine à laver le linge qui s’emballe, lorsqu’elle n’est pas stable. Ça s’agite de l’intérieur, des soubresauts, des hoquets d’humeur variée et variable. Faut que ça passe. Ils ont une trentaine passée, loin  des quarantièmes, d’emballements à venir encore…

Son sourire apaise. C’est comme un « oui », une réponse positive à chaque fois. Reste plus qu’à trouver la bonne question. Lui, il avance sa main. Le coude sur la table, mais pas trop loin quand même. Du moins pas autant qu’il en aurait envie. Il se reprend. Elle incline la tête. C’est leur fête, aussi. Pas sûrs qu’ils se comprennent, encore moins qu’ils se correspondent, mais si l’on essaie pas…Hein…

Le café bu. Ils manquent de temps. D’air, peut-être. Pourtant la buée sur les vitres. Les respirations complices, des autres. Pas de regards indiscrets. Pas vus du dehors. Les petits à récupérer… Il est déçu et croit ne pas le montrer. Ils sortent ensemble, lentement. Accaparés par des pensées loin des cimetières. De la froideur du marbre. Tant mieux.