La guenon, le singe et les …

« Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
Elle y porte la dent, fait la grimace… ah !

Certes,
Dit-elle, ma mère mentit
Quand elle m’assura que les noix étaient bonnes.

Des coquilles brisées…
Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes
Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit ! »

« Elle jette la noix. Un singe la ramasse, »

bty

Des coques. Non, des coques, c’est pour les œufs…Je sais plus comment ça s’appelle. Quelqu’un a mangé, là. Il n’y a pas longtemps. Il n’y a personne. Tu te rappelles, j’ y habitais avant. La vieille en bas. Le platane. Deux jours de marche de Biarritz. Tout le littoral est submergé, je crois…Je veux voir l’Océan. On continue…Oui…On continue. On marchera la nuit. On va passer par l’intérieur. Méharin à la sortie de Saint-Palais. Garde toujours le bâton pointu. Ces saloperies de chien…Il y avait des fermes, ici, avant. On va récupérer de la nourriture, peut-être…

« Vite entre deux cailloux la casse,
L’épluche, la mange, et lui dit :

On va marcher de chaque côté de la route. Comme ça, chacun regardant le plus loin possible.  A la même hauteur. Il nous reste de l’eau. Tu veux boire ?….Ils avançaient ainsi. Lentement. Les couches de vêtements. Des chaussures rafistolées. Du scotch par-dessus les bandes adhésives…La bâche en plastique et du papier-bulle, dans le sac.  Très bien le papier-bulle. Il avait encore dans son sac à dos, de la nourriture, pour deux jours. Des boîtes de thon. Des sardines. Des briquets. Un couteau. L’autre couteau, dans la poche de son imperméable. Une loque qui allongeait sa silhouette.

« Souvenez-vous que, dans la vie, Sans un peu de travail on n’a point de plaisir. »

Ils étaient à Méharin. Avec les jumelles, ils balayaient le plus loin possible. Les fermes étaient endommagées. Les pillages…Un chien noir attaché à une longue chaîne, aboyait. Tapis dans les fougères. Ils scrutaient la crête. Il s’agissait de gagner des mètres encore. Voir plus loin…Il l’interrogeait du regard. Elle baissait la tête. J’y vais, dit-il. Reste-là…Il la prit dans ses bras. Reviens, fit-elle doucement. Reviens. Reviens-moi…Il avança la main vers son visage. Un sourire esquissé. Il fit quelques pas…Mieux valait ne pas courir d’emblée. Il marchait d’un bon pas, penché vers l’avant. Le long de ce qui restait de la clôture. Un misérable fil barbelé. Pas de bruit. Il était à cinquante mètres des quatre fermes. Les deux premières en ruine. Il continuait d’avancer. Lentement. Collé à la paroi de pierre, presqu’à l’abri. Une cour, des débris de voiture. Un tracteur calciné. Un corps de petite taille, les mains sur le volant. Une sculpture de mort. Des cadavres. Une odeur insoutenable. La porte d’entrée de la maison, au sol également. Des traces de sang sur le mur, des traînées rouges avec les mains.

Il entra. La rampe d’escalier renversée. Les meubles cassés, fracassés. Une cuisine, la cheminée, une grande pièce. Des traces de chocs sur les murs, le plafond. Du sang séché. Il grimpa à l’étage. De là il l’apercevait, tout en bas. Il lui fit un signe avec le bras. Puis la croix, un truc à eux, pour qu’elle continue de l’attendre. Trois chambres, les planchers attaqués, des lattes retournées, les matelas éventrés…Il redescendit. Une arrière-cuisine. Une bouteille de vin, deux bocaux avec des saucisses et des haricots. Il fourgua le tout dans le sac. Redescendit rapidement jusqu’à la première ferme. Il hésitait. Fit le tour de la bâtisse, par l’abri sur la gauche. Debout sur le muret, il regardait au-dessus. Toujours rien. Dans la cour arrière, la désolation. Des restes d’humains au bout d’une corde. Il vomit. Le dégoût. Un temps d’arrêt encore, avant de détaler. Deux cents mètres pour la retrouver. Une pente à dévaler. Il se mit à courir, sans donner la pleine mesure. Une main dans le dos pour amortir les chocs des bocaux. La bouteille. Du vin! Ils joignaient leurs mains. Paumes contre paumes. Elle gardait ses mitaines noires. Les ongles sales. Tu as de la nourriture ? Oui. Des haricots et des saucisses. Elle sourit. Du vin aussi, j’en veux.  Il déboucha la bouteille avec le couteau multi-usages. Après avoir bu lentement au goulot, en maîtrisant son geste, la bouteille à peine inclinée, il lui tendait la bouteille. 

« Votre mère eut raison, ma mie :
Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir. »

Ça y est, ça m’est revenu, les coques, fit-elle…Des noisettes. Des arbres, les noisetiers. J’aimais les arbres, ajouta-t-elle encore…Elle but à son tour. Viens, on va avancer jusqu’à Hélette. Là-bas, on pourra passer la nuit à l’abri, du moins je l’espère, fit-il…