Les grues…(1 &2)

…Sont entrées dans Saint-Palais. Cela donne un vacarme désagréable entre trois heures et neuf heures du matin. Ça grince, ça couine, le même cri qui se répète, amplifié. Des heures durant.Dans la brume, ici, une sorte de musique lancinante venue des cieux, qui ne dit pas son nom. Du mouvement que l’on devine, sans apercevoir les oiseaux proches.

La vie est mal faîte, me direz-vous. Des volatiles, empêchés de voler. Obligés de se poser, de patienter, d’attendre sur un pied, à la lisière du champ. Des-qui-volent, avec des plumes et tout, confinés dans ce qui ressemble à un abri-bus, une gare routière. Des oiseaux parqués, déplacés, déclassés. L’aéroport et les produits non taxés, « même pas en rêve »!

Des migrants à temps plein. Pas des novices qui en seraient à leur première traversée de la  Méditerranée. Non, des habituées. Des-qui-font la route, euh…non, pardon, le trajet depuis les villes Hanséatiques, et l’époque du commerce maritime (!), jusqu’ Al Andalus et au-delà. Des précurseures, adeptes de la migration dans les deux sens. Tant et si bien que l’on ne sait plus si elles quittent le Nord qui refroidit ou le Sud qui tarde à réchauffer. La vie est mal faîte, me direz-vous.

Épiées, photographiées, filmées par des humains qui s’intéressent à la nature. Des humains sensibles au mouvement. A ceux qui migrent, qui se réfugient. Avec des  inconditionnels de l’accueil chez eux, des inconditionnels de l’accueil chez les autres. Des adeptes du « chacun chez soi » qui se font bruyants, menaçants, excités par la peur et un  fonds de haine, corollaire, des fonds de pension. Deux fonds qui prennent de l’importance dans nos vies, deux sources de maux bien identifiées. Si peu contrôlés, eux. La vie est mal faîte, me direz-vous.

Et les grues cendrées, non pas soumises au feu une dernière fois, mais peut-être annonciatrices d’un temps nouveau. Moins léger que celui des parades amoureuses, qui les voit, sautant en bonds audacieux, le bec coquin sur le cou de l’autre. Un temps d’hiver, de rigueur, de sous à compter, du peu de grain à moudre, de la difficulté à se réchauffer, des lits qui manqueront et des rues à dormir sur des matelas de carton…Les migrations, les migrants deviendront un sujet encore plus « sensible », comme on dit.

« La vie ne fait pas de cadeau », chante Jacques Brel.

bty

 

Un petit bonheur de lecture. A lire. A méditer. Sourire.

 

“Du Loup et de la Grue” – Un Loup s’étant enfoncé par hasard un os dans la gorge, promit une récompense à la Grue, si elle voulait avec son bec retirer cet os, dont il se sentait incommodé. Après qu’elle lui eut rendu ce bon office, elle lui demanda le salaire dont ils étaient convenus. Mais le Loup avec un rire moqueur et grinçant les dents :” Contentez−vous, lui dit−il, d’avoir retiré votre tête saine et sauve de la gueule du Loup, et de n’avoir pas éprouvé à vos dépens combien ses dents sont aiguës.”