Des grains et des perles à Saint-Palais

« -Ça va mal, très mal…Qu’est-ce-qu’on va s’occuper de Trump, nous ?! Il est remonté, Gérard, au café.

« -Tu vas chez le médecin, Gisèle ?

Assise au fond de la salle. Comme au fond de la salle de classe. Loin du téléviseur, allumé depuis l’ouverture des lieux. Encore que ce n’est pas une chaîne d’information continue, ni celle de l’entrepreneur en téléphonie. C’est déjà ça!

Gisèle opine. « Oui…ouh, je te dois un café d’hier…Ah bon…Moi, j’y suis allé pour un test à l’effort. Il te fait monter, pour voir comment tu récupères, comment les battements retombent. Moi, impeccable, quarante, un cœur de champion…Avec tout ce que je fais, pourtant…Cinquante ans de travail, moi. Je ne sais pas s’ils se rendent compte dans la famille. Il fait une moue de désapprobation. Debout, au bout du comptoir en formica grisonnant. Alerte qu’il est, Gérard, en jean, espadrilles et chemise sur un tee-shirt coloré. « Bon, j’y vais…A demain…Et comment que ça va mal, en cinquante ans j’ai vu l’évolution, et pas dans le bon. Oh que non… »

C’est tôt. La brume ne s’est pas dissipée. Elle reste suspendue, au-dessus de quelques vaches en chapelet. Trois chevaux bien sages, les bâches surmontées de pneus avec la nourriture des bestiaux pour l’hiver. Les petites routes sinueuses prennent le temps. Des engins agricoles se croisent. Certains, illuminés comme pour une parade. Au hasard d’une côte pentue, un tracteur et une remorque se font des politesses. Le maïs à l’âme joueuse, tressauteuse même. Si les feuilles ne se manifestent pas trop, le grain se répand. Comme des petites billes jaunes, à la volée. Pour se ramasser, sur le bitume à la fin.

Il fait huit degrés. Au soleil de midi, bien plus. Les champs de maïs attendent leur sentence. Bientôt la désolation, puis le froid, les bêtes abritées, et l’activité réduite. L’hiver qu’il faudra passer. Les pèlerins sortent guillerets de la boulangerie. Du pain, mais aussi un sablé pour la route.

Des cyclistes allemands, petit-déjeuner avalé, demandent leur itinéraire. Un couple d’écossais souriants juste comme des joueurs de cornemuse apparaissent à l’écran. Le sourire et le croissant à la main. Le hasard fait un joli jeudi. Un jour à caresser ces monts, ces terres fertiles. Oublier ces conversations, ces maux, ces refrains qui grincent faute de sourire et de dérision…Dérisoire.

Agur