J’écris pas peu…

Faut pas croire. J’écris. Oui. Mais je montre pas tout. Sinon, on va me piquer mes mots. Et là…Donc j’écris caché. J’écris couché. J’écris assis. J’écris. Pas avec une craie qui crisse. Et provoque des frissons, comme si l’on m’ôtait l’épiderme. J’écris. Sans encre. Sans ratures. Je ne vaux même plus quelque gifle perdue, lorsqu’à ces surcharges s’ajoutaient des tâches d’encre. Ces gifles, qui venaient par paires, souvent. Parce que se radiner seule, ça aurait nécessité du courage. A moins qu’elles chérissent tant mon visage- déjà- elles aussi…!!!

Des ratures, des raclures, des rognures. Des mots du potier, du mégissier, de l’essayeur. Des mots vieillis. Entassés dans la réserve des mots, que l’on ressert rarement, ou peut-être à l’occasion de réunions de famille. Des mots qu’on compte tortorer. En compagnie.

Moi, ces mots-là. Je leur redonne vie avec le frère que j’ai toujours eu. Mon ami.

J’écris pas peu. Pas que des mots d’amour. D’ami. Je prends aussi, des grossièretés, des gros mots- ça fait longtemps que j’ai le droit, maintenant-des mots-valises aussi. Pas obligé de les faire rouler, de se les trimbaler sur les quais d’une gare ou d’un aéroport. Des mots pour partir, revenir. Jouir de la vie. Café.

Agur