Les escaliers (1)

Comment c’était venu ?…Oui, comment ? Presque naturellement en fait. Au gré des habitations. Le bonheur des immeubles, du collectif. Une tendance à se donner un peu de peine, aussi. Des pas à accomplir, un peu de phobie dans l’ascenseur. Une autre envie de découvrir le monde. Une tendance à fureter.

L’utilisation de la cage d’escalier. Une vraie aubaine. Des odeurs, des cris parfois, des exclamations, des râles. Parfois même, indiscrétion sublime, une porte d’entrée encore grande ouverte. Comme une invitation. Un appel, une incitation à faire entrer l’extérieur, le dehors. Il savait en tirer profit. Il  s’avançait, jusqu’à la porte d’entrée, doucement,  jusqu’à poser sa main sur la poignée. S’il était surpris, ou plutôt si l’occupant des lieux venait à être surpris de sa présence, il disait dans un grand sourire : « Je venais vous demander s’il fallait que je referme la porte ?…ou non ». Et ça passait. Parfois même l’invitation à partager un thé ou un café. Toujours une dame. Toujours.

Et ce pèlerinage quotidien, plusieurs fois répétés. Dans un sens, puis dans l’autre. Une collecte de sentiments, de lamelles de vie, de soupirs. Une transition qui pouvait se prolonger encore. Assis sur les marches, guettant le silence, lorsqu’il rentrait plus tard. Parfois une audace qui venait de loin. La tête légèrement inclinée, tout contre la porte d’entrée. Les yeux vers le haut, comme s’il s’agissait d’additionner l’ouïe et la vue. Le bras droit fléchi, à hauteur de la poignée, la main suspendue.  Ainsi, se construisait un monde. Le vrai monde que l’on ne voit pas. Chacun a l’abri chez soi. Jean pénétrait ce monde. Il allait un peu au-delà des paillassons, des barres de seuil. Quelques huis plus loin…