« Hulot » à Saint-Palais…

Ils sont trois. Deux hommes et une femme. La soixantaine franchie et largement dépassée. Corpulents les trois. Du surpoids, comme on dit. Les hommes ont choisi une petit blanc, pour soutenir leurs paroles. La dame a pris un café. Elle opine. Répond plus tard à un quatrième individu qui s’exprime en Basque…Les messieurs sont en pantalon court.

Celui de droite, à côté de la dame, vient de ponctuer son discours par « tu l’as  dans le cul, des salopards ». Il était question d’état de santé, d’ incapacité à venir. Il est en tee-shirt uni, sans inscription. La dame au café est en pantalon de toile, dans les bruns et beige pour le haut. L’homme en bleu, qui leur fait face, démarre en évoquant ces anciens présidents qui nous coûtent tant. Il s’empresse de verser l’actuel, dans cette catégorie, déjà…Puis enchaîne sur Hulot. Sa mine rougie, fonce un peu. Avec sa main droite, il fait le geste sur la table.

-« A force de gratter, de gratter Hulot…Et ci, et là, boh Hulot. L’écologie c’est bien, mais ça a des limites aussi. S’il faut vivre comme autrefois, à la bougie, sans chauffage…Les chasseurs, tu parles. Y’a jamais eu autant de sangliers, de renards. Ça coûte des milliiiioooons tout ça, des millions de dégâts. Eux ils s’en foutent, ces types, ils vivent en ville dans des maisons de trois étages ». L’accent, les intonations d’ici. Les deux autres semblent opiner. Je pense à l’itinéraire, la direction et la teneur de la conversation. Le café est bondé. C’est jour de marché ici. Je suis passé deux fois devant le marchand de churros, sans, enfin si…mais je ne suis pas passé à l’acte. S’il avait fait froid. Un coup de froid instantané et affirmé, alors là…Sourire.

Une belle étrangère à ma droite, vient de terminer son café allongé. Elle a pu aller aux toilettes, en laissant son paquet sur la banquette. Une robe noire, sans manche et des sandales à lanières noires également. Une blonde qui s’éloigne élégamment, aprés avoir jeté de nombreux coups d’œil autour d’elle. Un peu déstabilisée par l’ambiance des lieux. Une majorité de retraités et de tempes grises, dedans. Non pas qu’ils aient laissé la terrasse aux femmes et aux enfants, par courtoisie ou élégance. Plutôt parce qu’ils sont arrivés aprés. Tout simplement.

Le trio ayant quitté les lieux, deux grands-mères s’attablent. Cafés. Celle qui me fait face est intarissable. Et la famille y passe. Et tous les commentaires ravalés dans la semaine, sont déballés alors. « Et tu veux t’occuper …, comme je lui ai dit, mais déjà tu n’arrives pas à te faire respecter des tiens. Commence par ça, déjà. Moi, le petit il est venu avec amatxi et il a pas demandé, comme avec sa mère… ». Le vaste chapitre de l’éducation, revu et corrigé, par ceux qui ne sont plus en première ligne, justement. Le café comme réceptacle.

Les commentaires allaient bon train, ce vendredi de marché à Saint-Palais. Un ton un peu grinçant. Loin, très loin de la douceur angevine…

Agur