Artiste de rue

Le petit bonhomme vert. Le pictogramme sous le feu de signalisation, allées Boufflers à Bayonne. Ce petit dessin programmé à distance. Cette poignée de secondes, de répit pour les piétons. Cette pause pour les automobilistes. Une mesure pour donner sa pleine mesure. Ce dessin coloré, sans conscience ni états d’âme, commande l’artiste.

Celle-ci porte un tee-shirt noir  » moving in the wind ». Le « wind » aujourd’hui, c’est pas trop ça. Plutôt les trente degrés qui font réfléchir le goudron. Sans le faire suinter. Un short blanc, des jambes solides. Des chaussures de sport montantes. Un petit chignon sur le sommet du crâne, des lunettes. L’écouteur qui doit donner de l’entrain, avec la musique dans la poche de derrière.

Elle se tient sur le côté. Le chien est sagement assis. Profitant du ruban ombragé prés du bâtiment. Il a l’habitude de l’attendre. S’il pouvait le chien noir, il modifierait un peu les programmes de circulation. Ainsi le passage des piétons durerait davantage, et la collecte serait plus fructueuse…Mais on est là au conditionnel. Bien sûr qu’il ne peut pas. Allez faire entendre quelque chose à ce pictogramme alternativement rouge ou vert, sans fantaisie aucune !!

Elle, elle guette le flot routier. Selon que la file de voitures est allongée ou pas. Là, c’est le cas. Alors elle s’élance. Le cerceau jaune à la main, le cerceau qui tourne, qui vole, qui se promène sur les épaules.  Et finit haut dans le ciel. Un petit numéro. Sans  fausse note. Quelques secondes. Le trafic piétonnier proche de « zéro », en ce moment. Elle a toute la bande zébrée pour évoluer. Un salut gracieux, à la fin. Sourire affirmé. Buste penché vers les véhicules. Applaudissements mimés. Remontée rapide des quelques véhicules.

L’éphémère. Un bref instant de grâce. De spectacle de rue. Hors programmation. Hors affiche. Hors « com ». Mais pas hors sujet. Un entracte court dans les flots qui circulent. Des représentations en public qui se répètent, sans bis ni claquettes. Du courage, du sourire et du flegme pour affronter les vitres baissées des intérieurs climatisés. Ou pour apprécier la participation dérisoire.

Et la vie est là, de ces petits riens qui font tant pour notre humeur et nos bonheurs.

Agur