Les chemins

Ici, les chemins se retrouvent. Ils sont descendus vers le Sud. Sans forcément s’attendre. Chacun pour soi. A son rythme. Avec son lot de paysages, ses flots de marcheurs. Marqués de matricules différents, 654, 655, 65. Des itinéraires qui se  connaissent depuis des siècles mais feignent de s’ignorer. Chacun bruissant des pas de l’autre. Des paroles de pèlerins. De langues variées et de langages différents. Ils se rejoignent donc au Pays Basque. A Saint-Palais. Ostabat. Un vrai carrefour. Préservé.

Une rencontre. Un confluent de terres. Rigoureusement  peignée par endroits.  Les rangées  de maïs, crantées, lorsqu’on les aperçoit du dessus, en quittant Saint-Palais. Les paysages évoluant au gré de l’éclairage. Le ciel laisse passer, ou pas, le soleil. Des masses nuageuses, larges et grises, qui impressionnent de loin, mais finalement se révèlent sans consistance. Une pluie de pipi de chat, plus tard, juste pour affirmer son existence. Une posture. Une menace, comme ces fessées qui n’arrivent jamais, tant mieux pour les petits, tant pis pour les grands…

Les bêtes font des grappes. Des blanches d’ovins, des couleurs plus sombres d’animaux meuglant. Des grappes à l’ombre. Des grappes disséminées sur les hauteurs. Des grappes de tondus, des grappes touffues, des grappes de blancs aux pattes noires. Les cochons de Kintoa, ou porc pie noir- rien à voir avec les migrants-se font discrets. Certainement à l’ombre, dans leur bungalow de tôle ondulé. Des grappes animales, comme un  prélude aux vendanges à venir, sur les coteaux d’Irouléguy.

Il fait bon pour marcher. Les statues noires ont ajouté une touche culturelle, esthétique. S’il n’est pas toujours question de religion ou de spiritualité, le « sensible au beau » aide à marcher. Avancer. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La prochaine étape se gagne. Un aprés-midi de détente ou de repos. Les pieds à poil, au poil, dans des tongs ou des chaussures légères. Les espadrilles vont bien. Pour prendre son temps, comme il fait chaud. Quitter ses tee-shirts largement auréolés dans le dos, le corps propret aprés avoir transpiré. Le calme avant la montée, le prochain départ depuis le pays de Garazi. La future étape. « Benidaka dadila » !

Agurbty