Mauléonspadrilles

Le quinze août. Il fait chaud. Du monde sur les allées de Soule, coquettes. Des marchands. De nourriture, salée, sucrée. D’aspect sain. Goûteux. Le genre de moment qui vous fait prendre conscience de l’agriculture. Du travail (bien fait) des humains qui façonnent la Terre. Vous donne encore plus d’empathie pour tous les agriculteurs. Vous fait soupirer, en pensant à  ces travailleurs de labourage et de pâturage, décidant de ne plus vivre…

D’autres nourritures, des livres. Des vêtements. Des plantes. Des convives attablés. Par centaines. Il fait soif aussi. Des pantalons courts et des sandales. Des sandales…Euh, non, des espadrilles. Sous un chapiteau blanc, le narrateur-conteur, nous embarque  pour un voyage dans le temps. Le Pays Basque, la Soule, le mus…Pascal Cherbero, commence par une grosse perte d’argent, aux cartes justement. Lui qui devait partir en Amérique. Le voilà, paumé, sans le sou. Un bateau brûlé à Bordeaux, rempli d’une cargaison de jute intacte, acheté pour une bouchée de pain, et la fortune à nouveau à ses pieds. Sous la forme de semelle d’espadrilles, en jute, évidemment. La matière première de la chaussure. Un ouvrier assis, procède au moulage de la tresse. Plus loin, on vend. Des modèles classiques et d’autres plus chic.

Les acteurs d’Herri kirol se préparent, accompagnés par la musique. Du tir à la corde, du lever de botte de paille et du soka-tira. Très bien, mais moi, ma préférence va aux harrijasotzaile, les leveurs de pierre. La pierre de cent cinquante kilos, plusieurs fois soulevée. Je regarde attentivement ; la posture. Je chronomètre le temps d’effort, de repos. Je suis admiratif. J’aime la force, pas dirigée contre l’autre, du reste. Le présentateur, vêtu de noir, anime le spectacle, vante les sportifs locaux. Sourire.

Je me souviens d’Inaki Perurena, un dimanche d’été. A Baïgorry, dans les années 1975 environ. Un spectacle qui m’aura marqué à vie. La tenue, la souplesse et la force. La quête d’exploit qui allait en s’amplifiant. J’étais et je reste fasciné par cette capacité à aller au bout de soi-même. De son destin. D’avancer sur son chemin. Et de transmettre. Perurena Inaxio, sur les pas de son père, de l’éclectisme et de l’excellence.

Je quitte Mauléon. La Soule en fête. Un quinze août. De tradition, revisitée.  Reformulée. Renouvelée. Je pense à transmettre, à l’idée de transmettre. Son expérience, sa compétence, ce qu’on a appris, retenu ou compris. Comment ces petits riens, ces odeurs, ces bruits, ce décor, cette mise en scène d’une activité, d’une pratique, d’une passion peuvent se perpétuer. Comment la musique des sons et des mots peut donner vie à des images qui vont peupler l’imaginaire des enfants. Comment les premiers hommes transmirent ou transportèrent le feu, faisant rempart de leurs mains contre un souffle pouvant être déstabilisant…

Agur