Donapaleu* , Hondarribia*

Ce vendredi dix Août, le marché de Saint-Palais ne bat pas son plein. Peut-être la braderie de ce soir… Il y a du monde, des commentaires : « il faudra qu’on paye aussi à Dax…moi, je n’y suis pas allé cette année ». Le prix des Fêtes. Le prix du coût. Le coup du prix à payer. Que l’on nous fait, tous les jours, en douce, en liquide, à la pompe, sur la route souvent. Des vitesses limitées, pourquoi pas, des contrôles accrus que l’on va sous-traîter pour mieux nous traquer, les uns les autres. Mieux nous épier, nous surveiller et nous sanctionner. Une démarche pédagogique affirmée. J’achète quelques fruits et légumes.

La dame me parle de la salade : « c’est de mon jardin ». Le monsieur me vend des prunes. C’est bon. Un autre monsieur traîne, son porte-feuille déplié, en train de finir de ranger sa monnaie. Les billets respirent un coup. Il fait de l’esprit, ni fin, ni subtil. Un couple de sexagénaires, pèlerins aux jambes dorées, se ravitaillent. Ils viennent de goûter du gâteau basque. Ils échangent à ce sujet. Le monsieur, un costaud barbu et chevelu ne veut pas repartir sans. Il porte le sac. Il est corpulent, mais ses jambes sont affinées par l’effort, vigoureuses, visiblement à leur aise dans les chaussures montantes. Sa compagne porte une soixantaine qui lui va à ravir. Un débardeur rose, de jolies jambes musclées dans des chaussures hautes. Les deux bâtons dans la main droite, elle s’occupe de la transaction. De la sueur sur la tempe du barbu costaud. Elle a l’air plus fraîche. Une petite touffe, en guise de queue de cheval.

Un autre couple, comme endimanché, monopolise la vendeuse de pain biologique. Vêtus de blanc, les deux, ils arpentent scrupuleusement l’étal, de long en large. Du pain, comme ceci, quelque chose entre pain et gâteau, « cette part, ou l’autre ? »…Dilemme à trancher. Il doit bien y avoir une différence de vingt-sept grammes entre les deux portions. Pas facile. Sur ces entrefaites, je change de direction. Un marchand au centre, avec des pizzas, version plaque, découpées ensuite selon la demande. Des pains, des gâteaux, de la viennoiserie. Je jette mon dévolu sur un …jésuite. Compréhensible, ici, Loiola n’est pas si loin. Prix modique, mauvais choix confirmé. J’apprends de mes erreurs. Sourire.

bty

Rejoindre Bayonne est un vrai plaisir. La route est large, la géographie plaisante. Les lieux ont des noms rares, que l’on retient. Qui vous accrochent : Amendeuix, Gabat, Garris, Beguios, Amorots-Succos, Sumberraute, Masparraute, Arraute Charrite,  Bidache, Bardos…Des sonorités qui râpent un peu, comme on limerait les paysages vallonnés, leurs collines, comme on éclairerait le vert, les verts pâturages. De belles descentes à dévaler, en oubliant la limite. Des montées pour regarder au-delà, loin, très loin là-bas.

Bayonne piétonne. Des touristes, en couple, en famille, des passants qui passent en prenant leur temps. Parfois se tenant la main. Des photos, mais les appareils spécialisés sont victimes de l’hégémonie des téléphones. « …Et c’est comme ça ». Plus seulement dans le Sud. Je fais une halte, rue Poissonnerie. Plutôt de salades et de charcuterie. Juste de quoi ne pas avoir trop mauvaise conscience. Les gens vont à pieds; gentiment. Les commerces les guettent, avec envie. Ça se sent. Je pense à Béber, le coiffeur de mon enfance. Une enclave boucalaise, dans cette artère bayonnaise. Les livraisons, les voitures qui klaxonnaient dans cette rue en pente, vite saturée. Les propos échangés d’un trottoir à l’autre  » sale boucalais !  » mais la répartie fusait. Et les rires. On s’arrêtait pour évoquer le match de dimanche. Un coude sur la fenêtre de la voiture, pour se rapprocher, ou à distance, façon plus verticale, le bras reposant sur le capot. Un peu de temps chapardé au Temps. Zézé, ensuite, rugbyman, lui-aussi, mélomane, qui évoquait le Festival de Bayreuth de sa voix douce. Un peu plus bas, un des rares magasins de sport de la ville, à cette époque. Une période acquise aux magasins de centre-ville. Une enseigne, un groupement d’achat créée par les scouts de France. Des Jésuites aux Scouts.

Je m’échappe par la rue des Augustins. La station debout permet de joindre les deux extrémités de la rue, les bras tendus. Une jouissance d’envergure !

A Hondarribia, de vert vêtue, ce matin, c’est du sérieux, dans la bonne humeur. Du monde qui se rend au départ des « regatas » et ceux d’ici qui essaient de faire bonne figure. Il fait chaud, les plagistes sont partagés en deux catégories : ceux qui se baignent et ceux qui suivent la course. Le contournement des bouées semble un moment de grande intensité.  Les spectateurs en maillot de bain, applaudissent, depuis le sable. La jetée est abreuvée de commentaires, l’hélicoptère en haut , surplombe l’événement. L’empressement à virer au plus prés de la balise, vaudra plus tard aux rameurs de demeurer, courbés vers l’avant, affalés vers l’arrière pour récupérer de cet effort tant intense. Le barreur crie, scande. Des gémissements, des souffles forts, des cris…L’effort intense, EITB n’en perd pas une miette. La bande sonore d’une course raconte, à elle seule, l’effort collectif des descendants de marins. La calle San Pedro s’anime, aprés la course. Des jaunes, d’Orio, viennent aussi se restaurer. Elektropatxaranga répand sa musique, fort, beaucoup de cuivre, des pas de danse. Des sourires. Des demis. Du txacoli. La fête, comme un art de vivre. Les enfants déambulent. Les pintxos semblent sortis d’une cuisine, qui officierait aussi dans le domaine de l’esthétique…Hummmm !

Je reprends la route vers le Nord. Tout en chantant la balade, vers…le Sud. « …Hondarrabia ta Donostia ere bai Bilbao, Euskal Herrian eder zidie, han pare gabeko… ».

Agur

Donapaleu : Saint Palais

Hondarribia :  Fontarrabia