« Je ne suis pas d’accord… »

Les aéroports, comme les gares, constituent un lieu d’exploration sans pareil. La chaleur, l’annonce scandée en permanence à Montparnasse « en raison d’une panne électrique survenue le 27 juillet… ». A la fin, la voix féminine nous indique qu’il vaut mieux décaler son départ, que l’achat sera remboursable dans une période de 60 jours. Du marteau-piqueur en prime, pour sortir de la torpeur. De la bouftance, partout la même, souvent estampillée du nom de l’apôtre ne faisant pas partie des Douze…Un premier signe.

La Société Nationale des Chemins de Fer distribue de l’eau gratuitement. Beaucoup de personnel, vêtus de gilets  « nous sommes  à votre service » dont la plupart peut faire valoir, son jeune âge, son sourire et sa bonhomie. Pour le reste…

Des couples, des soupirs, des sacs trop gros, trop lourds qui se traînent. Des grands-parents qui accompagnent, qui suivent, qui ahanent…

De merveilleux décalages, aussi : cette empressée d’une cinquantaine d’années, vêtue d’un imperméable, en train d’interpeller un enfant « de combien as-tu besoin pour ton  magazine? De combien… » une excitée du porte-monnaie. Elle poursuit, accaparant l’enfant, repart aussitôt vers le marchand de journaux, telle une mouche du coche. Elle se sent investie d’une mission. Fondamentale.

La sœur et le père restent cois, à quai. Cois à quai. Quai coi…Des regards échangés, des yeux qui partent chercher des éléments de réponse, loin, là-haut !

Des injonctions d’adultes, parents-responsables, avec des arguments, à bout d’arguments, sans arguments…Des pères et des  mères qui s’affrontent. Rares baisers échangés. Il ne doit plus rester sur Terre que dix-sept amoureux. Pas davantage. Et encore !

La voix féminine poursuit en nous demandant de ne pas encourager « la mendicité ». Sic. Un quidam sac à dos, short et chaussures de sport, mendie façon dynamique. Je l’observe. Il connaît un certain succès. Il déambule, s’adresse plutôt à des femmes. Je vois ses fournisseurs mettre la main dans leur sac assez rapidement. En guise de mendicité, j’adopte la position horizontale, à même le sol. Le sommeil arrive vite, comme je contemple les ouvrages des stars en vitrine…

 

bty

Nous sommes là, dans la moiteur et la touffeur, les yeux rivés vers les panneaux lumineux. Comme lors des matches de basket-ball. Sans ballon orange. Sans guetter la cinquième faute. Sans bruits de chaussures sur le parquet.

Orly n’est pas triste. Faut dire que ce n’est pas dimanche. Une grande brune n’en finit pas d’enlacer son voyageur préféré, qui semble imperturbable. Des sandwichs, des friandises, des affaires que l’on va faire dans les duty-free…Des promeneurs-acheteurs-voyageurs. Des écouteurs. Des yeux rivés sur les téléphones. Des prises pouce-index, plus volubiles, plus inspirées que des porte-plumes. Des « occupe-t-en », des yeux pleins de reproches et d’autres si doux, des personnes qui se trimbalent en voiturette électrique, comme des princes. Ou des clients attachés sur des chariots de transport. Des mères qui s’activent, des qui téléphonent, des quifontout, des qui délèguent bien. Des pères impassibles, pédagogues, voyants  « je te l’avais dit », prévenants, dirigeant jusqu’à la réception des valises…Une occasion supplémentaire de répondre à des questions venues d’ailleurs parfois.

De l’autorité, des raisonnements, des prises de position tranchées, certainement issues de Dolto et Montessori : « Ah, non, je ne suis pas d’accord… »  et tout est dit. Tout l’aplomb du parent. Toute la rigueur, l’autorité naturelle que confère le rôle. Une dimension. Les petits êtres chouinent, hurlent, geignent, capricent et le  » Ah, non je ne suis pas d’accord… » qui vient bien.

Rien que pour ce petit instant, cette formule magique, déclinées sous plusieurs formes. Rien que pour cela. Rien ne vaut le voyage. Sourire.

Agur