Un beau matin

C’est à Zumaia. En Guipuzcoa. Une station balnéaire. Zuloaga y séjournait. Zuloaga, un artiste peintre. Du côté des nationalistes…Peut-être eut-il fallu qu’il s’assît sur l’autre banc. Pour changer son regard sur le cours des choses, le cœur des femmes, des hommes. Peut-être.

Sûrement  que ces deux bancs pourraient être occupés par des enfants ou des parents. Chacun ayant le choix de faire face à l’océan, de tourner le dos à la terre. Ou pas. Peut-être que le temps d’un pique-nique, les enfants petits se trouvant grands, s’en seraient allés sur leur banc à eux, comme des êtres humains qui veulent décider. Ils se seraient ainsi décidé contre. Contre leurs parents, c’est-à-dire en choisissant la contradiction ou l’opposition, contre leurs parents, comme on dirait d’un arbre ou d’un banc qui permettrait de s’adosser, de s’appuyer.

Avoir le choix ; normal. C’est le contraire qui ne l’est pas.

Comment et au nom de quoi, en effet, une administration ou une autre pourrait décider de séparer des enfants de leurs migrants de parents ?

Combien sont-ils de niveaux de décision, entre la mesure abjecte de politiciens malins et l’application sur le terrain ?

Combien, combien d’humains jusqu’à celui ou celle qui se saisit forcément violemment, avec une violence indicible, dans une attitude maléfique et soumise, de la menotte d’un enfant ?

Combien, combien d’humains, pour une commentatrice étasunienne rattrapée par l’émotion, qui sont demeurés indifférents à ce pas de plus vers l’Indignité ?

Alors dans cette circonstance assassine, ces enfants, les enfants n’auraient souhaité pour rien au monde laisser leurs parents. Plus exactement qu’on les séparât. Les enfants se seraient serrés contre leurs parents, entre eux, sur leurs genoux, tout contre, peut-être un bras passé autour des épaules…Peut-être même joue contre joue, avec ce bonheur supplémentaire du parfum, d’une odeur que l’on reconnaît depuis si longtemps déjà. Quelque chose qui est inhérent à chacun, chacune, qui tient à l’émotion, à une couleur, à un lien indéfectible.

Une trace, une empreinte qu’il sera temps de quitter, ou de retrouver, ou d’ignorer, plus tard. Lorsque le moment sera venu. Pas celui d’une décision mauvaise, d’une manœuvre de plus dans un jeu sordide, dont certains spécialistes viendront plus tard nous parler avec délectation, en vantant les qualités supposées de tel ou tel abruti illustre. Non.

Lorsque le moment sera venu. De se détacher, d’aller d’un banc à l’autre, d’y jouer les amoureux- comme dans la chanson de Brassens-et cet instant, nulle administration ou parti politique n’est à même de le décider.

C’est un bel endroit pour devenir triste. Face à l’immensité des flots, à la beauté de la nature, et à l’insondable connerie humaine. C’est un très bel endroit, pour pleurer discrètement, comme lorsque l’on ne sait plus de quel côté aborder la situation, perdu dans cet abîme auquel la vie a laissé place.

Agur

 

bty