« Y’a des matins comme ça »…

Oui, je dois l’avouer. J’étais parti pour une tournée du lundi matin, entre cafés et ballons, avec des commentaires à l’emporte-pièce. Du moins je l’espérais. Quelques paroles bien acérées, des haussements d’épaule, des sourires convenus et quelques écarts de langage. Des conversations de bistrot, comme un air populaire.

Sauf, que ce lundi matin, Cambo-les-Bains prend son temps. Les forts en thème ne sont pas là, le bataillon hâbleur de retraités n’est pas encore apparu. Alors, je me suis isolé, pour lire et écrire. Deux dames sont arrivées qui ont finalement décidé de s’asseoir à la table voisine. Comme l’une d’elles ne voulait se contenter d’un thé, elle a interrogé la serveuse.

« -Une chocolatine, qu’est-ce-que c’est ? »..

Le décor déjà planté. Ma géographie la renvoie au-dessus d’une ligne passant par Bourges. Nous avons échangé très brièvement, au sujet de ces fameux pains au chocolat. Sans aller jusqu’à évoquer Joe Dassin. Pourtant, c’était bien notre époque. Cette dame, un peu avant la soixantaine, en tenue décontractée, sport, comme s’il s’agissait d’aller marcher. Sa voisine, plus âgée, une parente ou une amie, discrète, préférant les sourires aux mots. Quelques paroles, comme des échanges d’un lundi matin qui ne pleut pas et qui se surprend lui-même. A priori un début de semaine paisible. Et puis, et puis, il est arrivé…

Un homme, a l’allure ronde, jean, polo gris et chaussures de sport. Qui a commandé un café, en faisant des manières pour payer. Le style « qui-veut-payer », mais pas vraiment. Le style faussement sincère, qui insiste encore, juste ce qu’il faut, mais pas plus loin, car sa véritable intention est de ne pas payer. Au final, donc, il ne paie pas. Ou seulement lorsqu’il est seul et qu’il ne peut échapper à la caisse enregistreuse. Une pratique rôdée. Des années de pratique.

Mais pourtant, à ce moment, si je l’entendais déjà, j’évitais de participer intérieurement aux échanges de la table voisine. Plus exactement, de tendre l’oreille pour écouter ce qui se disait à côté. Un vrai bonheur. Une source de connaissance, de petits profits, une habileté développée maintenant par une longue pratique. Une pratique rationnelle. Celle de l’écoute, sans plus de mérite, dirais-je. Puis, au fur et à mesure, un véritable travail pour parvenir à tenir une conversation et enregistrer l’essentiel d’une autre. Voire un peu plus…

Ce matin, donc, je n’ai même pas eu à écouter. Mais j’ai presque tout entendu. Ce lundi matin, dans Cambo endormi, j’ai fait le tour du monde. Rencontré plein de personnes, les amis du monsieur, qui possédaient pour les hommes, les points communs suivants : plusieurs appartements sur la côte basque, de l’argent, un esprit très fin, voire brillant. Des situations, très « haut placées », toujours. Les femmes, toutes celles évoquées ont eu l’honneur et l’avantage de coucher avec le monsieur. Pour l’une d’entre elles, qui était très pressée et dont le mari bossait dans l’immobilier, il lui avait proposé son numéro de téléphone et une balade sur la côte basque. En cinq minutes d’un échange rapide, au café. « Une  belle femme », « vraiment très belle » qui l’avait rappelé « avec mon sourire, on ne peut que me rappeler » a-t-il asséné. Et encore des opportunités aux Etats-Unis, pour des carrières et des postes en or. Refusés, sans arguments véritables.

Ces trois-là se sont levés. Je les ai accompagnés du regard, mi-amusé, mi-soulagé. Je me suis demandé comment des humains pouvaient supporter quasiment une heure et demie de mâle monologue vaniteux. Pas longtemps cependant. Cela m’a fait un bien fou d’aller courir ensuite, le flot de vantardises en allé.

« Y’a des matins comme ça »…