D’un ballon l’autre, à Cambo-les -Bains, ce samedi matin

Il reste cinq minutes à jouer. De dos au comptoir, ils continuent de regarder la télévision. Grand écran, s’il vous plaît. Pas de commentaires. Les Noirs de Nouvelle-Zélande, impressionnants jusque chez Chiquito. Forcément le silence. Le monsieur au bout, dans l’arrondi (!) du comptoir tient le journal à deux mains. Visiblement pas enclin à le passer au contact. Il savoure le dernier essai. Magnifique. Le commentaire éclairé évoque ce match, l’on dit « test » en tournée, qui « va nous laisser des regrets ».

Je souris à cette appréciation. Le temps était donné, à chacun, pour justement dépasser cela, « des regrets ». Un constat triste qui peut, parfois, se transformer en espoir, aprés le siège du comptoir. Mais le temps n’est déjà plus au passé. Le football arrive. « Ils ont perdu gros, les Espagnols, avec Zidane… » Décidément. Tandis qu’une voix féminine évoque Ronaldo,  » on pourra dire ce qu’on veut, mais il n’est pas seulement beau ». Effectivement, là le niveau vient de monter d’un cran. Il serait beau- déjà pas évident- et bon- « chapeau »- ajoute-t-elle.

La pause entre les deux messes de sport collectif télédiffusé, est appréciée. Il est question du prix des pensions, à Saint-Jean-Pied de Port. « Faut voir un peu les prix qu’ils affichent, à Saint-Jean-Pied de Port…Ils brassent un fric fou avec Compostelle. » Le tout dit avec des intonations de voix, des exclamations et de la conviction.

Je ne savais pas que les deux cités étaient associées. Encore moins dans une entreprise du type « brasserie ». Une bière basco-gallicienne. Et pourquoi pas ?! Les pèlerins y puiseraient un surcroît d’énergie.

Il est encore question du prix et du goût de l’Irouléguy, des chambres d’hôtel en Espagne, « toutes avec un grand lit »… »tu dors chez moi, ce soir, demain chez toi » mime un autre et de sourires en rires.

Le football arrive, de Russie. Avec un sale coup de fouet, sur l’échine du peuple. Un report de l’âge de départ à la retraite : huit ans plus tard  pour les femmes et cinq ans aprés, pour les hommes. Dans un pays ou l’espérance de vie dépasse à peine les soixante-dix ans. Si j’étais russe, j’appréhenderais la prochaine victoire de l’équipe nationale. De tout cela, à Cambo, les gens n’en ont cure. Et pour cause, le grand écran n’a plus qu’un spectateur. Un tête-à-tête qui s’annonce.

L’affiche Australie-France aurait certainement gardé les clients, voire attiré d’autres amateurs de ballon…ovale, évidemment. Ronaldo, lui-même, a ses limites !

Agur