…pleu…pleux(2)

Cet aprés-midi, j’ai…je me suis mis à…Bref, une goutte de pluie a glissé depuis mon crâne. Je me suis rendu à la salle de bains, aprés avoir décroché le miroir de la chambre. Ainsi, le grand miroir au-dessus du visage, à bout de bras, en un lent mouvement circulaire. Et puis de haut en bas, pour tout bien vérifier. J’ai scruté le sommet de ma tête. Pas de trace. Pas de fuite visible, ou d’ouverture. Pas la moindre petite faille.

A cet examen minutieux, j’ai ajouté une palpation. Pas la moindre flaque. Aucune petite mare de liquide. De toute façon, une nappe d’eau ne pourrait s’installer là-haut. Le relief crânien ne le permettrait pas. A priori. J’essaie d’adopter une démarche scientifique. Du moins un raisonnement rationnel. Je pleux. Une goutte, assis dans le salon. Une goutte isolée, même pas venue du dehors, ou à ce moment, il ne pleuvait pas. Une goutte qui a coulé sur mon nez, un peu comme cette goutte de sueur durant l’effort,  d’ordinaire repoussée. Mais là, rien de comparable. Pas ce goût salé. Pas de goût à vrai dire. Comme de l’eau en bouteille. Je n’ose pas dire minérale, ni davantage « de source » du reste.

Pas de larme. Pas de transpiration. Pas d’eau d’origine souterraine non plus. Pas de trace de fuite au niveau de mon crâne. Car l’eau vient de là. Elle glisse ensuite le long de mon visage. Et dés lors, tout s’arrête. Je guette, à l’arrêt, une autre goutte. Le temps suspendu, nécessaire pour me rassurer. Disons plutôt, cesser de m’inquiéter. Pendant un moment.

Une goutte, c’est peu. Très peu. Mais je peux vous assurer que cette goutte-là, se remarque. Me perturbe. M’inquiète. J’imagine alors des scénarios-catastrophes…Que je me refuse même à écrire. La présence d’une telle quantité de liquide, d’eau dans mon corps, serait-elle en cause ? Dois-je penser à diminuer ce pourcentage, cette masse, ce volume ? Comment y parvenir ?…

Cette réalité nouvelle, connue de moi seul, m’incommode et me fascine également. Dois-je m’adapter (?!) à ce phénomène. Le surveiller ?!…En parler ? Et à qui ? Et comment ?

Pourrais-je penser pleuvoir, selon mon bon vouloir, dans quelques temps ? L’affection mue ainsi en un don prodigieux. Un don à cultiver, à prodiguer. Et tous ces bienfaits et délices qui en découleraient. En attendant, je pleux . Quatre gouttes en sept jours. Trés peu, mais pas rien. Pas banal. Rare même. Je me plonge dans la lecture sur le net de faits divers, d’affections ou de dérèglements observés chez les humains, mais rien de comparable. Pour garder le sourire, je pense au petit colibri, survolant la forêt pour lutter contre l’incendie. Pour l’instant, tout va presque bien…