…pleu…pleux…

Il pleut. Ce n’est pas banal. Tout le contraire, même. Cette insistance. Cette façon de venir toquer en permanence aux parois. Aux fenêtres surtout. Comme ces êtres que l’on met dehors mais qui reviennent…

Il pleut. Des gouttes. Qui tombent. Qui glissent. Des marques impermanentes qui se font remarquer.

Je…Je pleu. Oui, je pleu. Depuis hier soir. La première marque, depuis le  sommet du crâne a chu, en douceur. Machinalement, j’ai levé les yeux. Mais, assis dans le fauteuil, dans le salon. Difficile de trouver une gouttière rassurante, ces bordures de toit qui vous accrochent, un store dégoulinant. Pas de trace au plafond. La marque sur le plancher disparue, évanouie, durant le temps de la réflexion.

Je pleu. Je pleu un peu. Je pleu peu. Pas des glandes lacrymales. Pas d’émotion surabondante, qui viendrait par flots. Non. Une troisième goutte, cette fin de matinée. Après la seconde, réfutée aussitôt d’un mouvement de la manche. Une troisième qui a glissé sur mon visage, mon cou et mon bras nu. Je suis parvenu à la semer, en tendant mon bras dans  une mouvement de rotation. Une pose gracieuse, oui, je vous l’accorde. Mais surtout l’inquiétude qui me gagne. Peu à peu.

Je pleux. Je pleu. Je peux vivre dans cette interrogation, un peu. Mais pas davantage. Consulter ?…Effectivement, cela serait pratique.

« -Bonjour docteur, l’air de rien, presque en sifflotant

-Asseyez-vous, je vous en prie, comment allez-vous ?…

-Je…Je….Je crois que je pleux…, » le tout dit rapidement, en une minute environ !

J’en passe des sourires gênés, des « pardon », des regards qui virent du drôle à l’inquiétude. Des médications qui proviendraient alors de la rubrique « neurologie-psychiatrie » : « anxyiolitique, antidépresseurs…Et de cela, je n’en ai aucune envie.

Je pleu, ou je pleux…Enfin, comme vous voulez. J’essaie de penser à autre chose. Pour me rassurer (?!), je pense que mon affection nouvelle, est liée au temps qu’il fait. Mais si ce n’était pas le cas ?….Bon, je surveille cela et je vous tiens au courant.

Agur