Avec elle

Une fin de semaine d’errance contrôlée. De divagation elliptique. Une façon de se sentir « libre ». De s’adonner au jeu et à sa passion, dans un rectangle d’herbe avec beaucoup de circulation. Des collisions, comme on dit désormais en parlant de « rugby » et des joueurs-tamponneurs. Des gens de l’hémisphère sud, issus du Pacifique. Au pays de Cervantés. Bientôt la tortilla avec du lait de coco…

Comme j’avais envie de ne pas partager, mais que la présence féminine a aussi ses vertus, je suis parti avec elle. J’ai arrêté de me moquer de son accent, ou de sa diction en espagnol. D’ordinaire, un conflit avec ma guide, entraîne un autre conflit, une escarmouche des occupants des sièges de l’avant  :

« -Tourne à droite…Euh, non à gauche…

-A droite ou à gauche ?! » déjà un haussement de ton

« -Attends…

-Oui, c’est vrai je suis seul…

-Le truc s’est trompé, en plus tu ne me laisses jamais le temps…

-Il va recalculer…Mince on a perdu le signal… »

Sans compter les haussements d’épaule, les regards lancés, plus du tout « posés ». Les expressions de dépit de part et d’autre. Et nos « je te l’avais dit », en bandoulière, avec « tu as toujours raison », comme les soldats de l’armée mexicaine. D’autres vont avec « on ne peut rien te dire » et « si tu m’écoutais »…C’est bien pour ne pas mollir. Souvent, le crépitement accompagne ces moments de transpiration, au niveau des lombaires, le vêtement collé contre le siège. Une épreuve aussi pour tous les déodorants de la création, certains ayant l’indélicatesse de s’inviter par-delà les auréoles.

Là, rien de tout ça. Je l’ai sollicitée pour le dernier quart d’heure. Je l’ai gentiment insultée dans ma tête, pendant cinq minutes. Le temps d’un re-calcul, ou j’avais l’impression de refaire le chemin à l’envers. Et puis, finalement, non. Tout était bien indiqué. Et cette voix, adorable. Ce ramage qui fait que l’on oublie le plumage.

Je suis partie avec elle. Que voulez-vous ce grand jeu, avec le signal-satellite, cette façon qu’elle a d’avoir toujours un coup d’avance. Cette attitude, cette fragilité attendrissante quand elle n’indique plus le chemin. Rien que de très humain, finalement. D’un ton toujours égal, sans dire son impatience, même quand elle doit re-répéter.Alors oui, j’ai eu l’impression de tutoyer les étoiles. De là à s’envoyer en l’air..

Agur.