Le rythme…

Vendredi matin à Cambo les Bains. « Ils » sont là. Trahis par leurs accents. Grossièrement du dessus de la Loire. Forcément les prix sont à la hausse. « Monsieur est mauvaise langue… » oui, bien sûr. Les cours ne se sont pas affolés, mais un léger frémissement, du chorizo au gasna ( fromage) en passant par les fruits et légumes. Des fraises qui n’ont pas l’air dopées au rouge à lèvres, le marchand d’épices qui pèse avec des manières, comme s’il voulait encore retenir sa bonne marchandise !

Bref, il y a des curistes. Forcément les vendeurs, l’air pro, cherchant le bon dosage entre la proximité de la rue, une distance courtoise, des clients de passage qu’il faut ménager, des fois que le passage durerait…

Au café, la tonalité est également moins locale. Ça apéritive davantage ; les effets induits de la cure, certainement. La géographie s’étale, l’on parle du petit train de la Rhune, d’Hossgor ( qui perd son « e »), de Bilbao avec son grand musée…On échange des plans, ou plutôt on raconte, on se raconte, comme on déverserait une hotte remplie de « choses à faire » en plus de la cure. Un septuagénaire, le nez aquilin, dégarni, mais avec une lisière postérieure de cheveux. Il est attablé, gentiment. Un petit briquet. Un petit cigare qui sent bon. Un petit verre de rosé qui fait tout ce qu’il peut pour accueillir le breuvage. Consciencieusement, en silence, le monsieur savoure son moment. Le casque posé sur la table. Un morceau d’essuie-tout qui lui permet aussi de se moucher, malmené par sa dure condition, dépasse de sa poche droite. Une veste de survêtement avec une capuche.

Un comparse, vient le rejoindre. Dans le vouvoiement et la différence. « Un blanc s’il vous plaît…Je pensais que vous alliez rester davantage…Le premier de cordée, partisan du rosé, ne dit mot. Le grisonnant massif venu le rejoindre, grosses lunettes et chevelure abondante, est également en mode « savourons ». Sauf que lui, il a besoin d’une dose supplémentaire. S’agit-il d’un jeu, d’un pacte entre eux deux, le premier disant se contenter d’un petit verre, le second, de plusieurs petits verres, bien tassés ? A croire que le vin blanc ne connaît pas ses limites. C’est « à ras bord », à chaque fois. Quelques mots échangés, un sourire complice avec le serveur. Les bouteilles de Mignaberry glissent de bonne grâce sur le plateau.

Finalement, peut-être même avec un certain à propos, le premier monsieur, regagne son deux roues, en marchant, le casque sur la tête. Pas non plus pour réduire la pression artérielle, mais plutôt pour continuer de savourer, dans sa solitude paisible. Qu' »ils soient là, ou pas »…Cela ne le perturbe pas.

Agur