Le G3

Ils sont arrivés, conviés à Bilbao en toute discrétion. Il y avait le Soleil. Décontracté, chevelure flamboyante, jean et chaussures de sport, chemise blanche déboutonnée, veste en lin. Tenue d’été. Lunettes de soleil. Beau comme un astre. Une véritable attraction, comme il entrait dans l’hôtel Carlton. La réception en émoi, le personnel de service, se poussant du coude pour le voir, l’apercevoir…

Le Ciel, ensuite. A la tête d’une vraie délégation. Des nuages, petits, blancs, gris, sombres. A peu prés une cinquantaine de personnes. Pour cela il a fallu mobiliser les deux salles qui constituent le grand hall de réception, en bas. Le maire de Bilbao, accueillant ce petit monde a eu fort à faire, en poignées de mains et accolades précautionneuses. Autant le Soleil est passé, rapidement. Il avait vraiment l’air de lorgner vers les cocktails et les plateaux d’amuse-bouche…Autant le passage de la délégation du Ciel a semblé durer une éternité. Avec déjà une tension papable, chacun se gardant de ne pas serrer trop fort les nuages, de peur qu’ils n’éclatent en larmes. Dont on ne sait jamais s’il s’agit de joie ou de tristesse.

Puis, quasiment sur la pointe des pieds, la Pluie a fait son apparition. Très simplement vêtue. Une jupe. Des chaussures de sport, elle aussi. Un petit haut  avec une veste en jean, de longs cheveux bouclés. Peu de fioritures, ni de bijoux. Pas de parfum pour accompagner son sillage. Elle a évité le protocole, tout en prenant son temps pour traverser l’immense salle. Elle n’a salué personne et s’est installée à la table de travail. Sans mot dire. Souriante et détendue. Les trois messieurs ont entamé le dialogue, puis se sentant forts, ont haussé le ton. Les trois ensemble se tournant vers la Pluie.

« -Vous comptez nous importuner encore longtemps ?!…Vous n’avez toujours pas compris que nous avons besoin, envie d’autre chose, » fulminait le maire. Le Soleil détendu, une coupe de champagne à la main, opinait du chef, sans pour autant prendre part aux récriminations.

-« Je ne peux pas mobiliser en permanence, tous mes enfants-nuages, ni leurs parents cumulus, nimbus, cirius…Ils n’arrivent plus à soutenir le rythme. » Le Ciel avait sa tête des mauvais jours, un visage gris. Sombre.

Et ces messieurs de s’agiter. De se donner de l’importance. Avec force dossiers sur la table et une ribambelle de conseillers-experts à leurs côtés.

La pluie, qui n’avait toujours pas ôté sa veste en jean, visiblement pas installée et ne souhaitant pas s’éterniser, se leva alors.

« -Il pleut*
Sur le jardin, sur le rivage
Et si j’ai de l’eau dans les yeux
C’est qu’il me pleut
Sur le visage…. » fredonna-t-elle.

Et elle s’en fut. Quittant la salle à petits pas, comme on se hâterait doucement. Dehors, il se mit à pleuvoir. De nouveau. Et finalement, le Soleil ravi et le Ciel conquis, souriaient par-dessus l’Arc. Le maire, esquissa un sourire. Il pensait à son parapluie.

Agur

 

« Il pleut… » chanson d’Anne Vanderlove. « Ballades en Novembre » 1968 !!! Émouvant.