Déreglementique

Je ne sais pas…J’ai froid. Je sens bien que ça ne colle pas tout à fait avec la réalité du moment. Des autres sont en bermudas ou tee-shirt, j’ai ma parka. Le bonnet aussi. J’ai froid. En fait plus que ça. Le souffle d’air frais, auquel le commun des mortels est insensible, me saisit. Une esquisse d’ébauche de courant d’air et je cherche fébrilement une écharpe.

Le tee-shirt ou le polo, rentrés dans le pantalon. Pas question que l’air fasse son apparition. Les manches longues. Le cou, rarement nu. Les soquettes, d’elles-mêmes ont rehaussé leur pavillon.

Malgré cela, je frissonne. Je ne peux plus me fier à la météo. Jusqu’à 23°, il fait froid pour moi, en moi. Cela fait deux fois que je me suis fait piéger. Le truc que je ne faisais jamais. Ranger ses affaires d’hiver. Quelle grossière erreur !!! Et comment que je suis allé les récupérer. Ce sont les affaires d’été, qui font désormais profil bas, descendues de  trois étages dans l’armoire…

J’ai froid. Même lorsque je m’agite et transpire. Une influence sournoise. Une brise biaiseuse. Une permanence; un état qui s’installe. Une fuite sans pareille. Trois, quatre couches de vêtements superposés. Un quotidien déguisé en mille-feuilles. Pas forcément appétissant. Plutôt des feuilles de papier journal. Mais pas imprimées. Du papier journal vierge. Du papier que je mettrais entre les épaisseurs de vêtements , comme les cyclistes à l’amorce de grandes descentes.

Comme cet état ne laissait pas de m’inquiéter, j’étais sur le point de consulter un(e) professionnel(le) de santé mentale. Sauf que depuis ce moment, j’ai chaud…Quand je me couche. Non, je n’ai pas chaud. Je chauffe. Je brûle. Je peux aussi frissonner la nuit, mais je chauffe. Une centrale d’énergie à moi tout seul. Je chauffe ce lit, mon lit, mais je peux chauffer bien davantage. L’appartement d’à-côté et celui du dessus. L’immeuble voire.

Au début, c’était seulement une hypothèse, mais depuis un mois maintenant…Je me suis installé. Oui, vous avez bien lu. Je viens, moi aussi, de créer mon entreprise. Je n’ai pas eu besoin de publicité, de flyers ou autres. Plutôt le bouche à…inspiré par ma chaleur intensément diffusée. Mon chiffre d’affaires s’envole ! Je ne dors plus seul. Mais en compagnie, toujours charmante, séduite et réchauffée surtout. Chaleureuse, caressante, qui paie rubis sur l’ongle.

Maintenant, je ressens encore l’impérieuse nécessité de consulter. Plus tout à fait un thérapeute. Non. J’ai fait un petit relevé dans les « pages jaunes », dans les rubriques « plombiers-chauffagistes ». Cette nouvelle activité, je veux la garder. Comme j’opère donc à titre professionnel, je vais faire en sorte de réguler mes flux.

« Nuits de Chine, nuits câlines… ». Sourire.